Vu par Zibeline

Nemanja Radulovic triomphe à l’Opéra de Marseille et crée un Concerto de Lionel Ginoux

Violon diabolique

• 23 mars 2014 •
Nemanja Radulovic triomphe à l’Opéra de Marseille et crée un Concerto de Lionel Ginoux - Zibeline

Avec Une nuit sur le mont chauve de Moussorgski et L’Apprenti sorcier de Paul Dukas, le concert du 23 mars à l’Opéra de Marseille était placé sous le signe du Diable. Cependant, alors que les appels de cuivres de la tonitruante « Nuit de sabbat » du Russe appelaient le Démon, ce fut un autre animal qu’on vit surgir de la coulisse : une bête de scène diabolique et sa magie noire au violon. Pied botté et ficelé frappant le sol, une jaquette épinglée, asymétrique, tombant sur un collant moulant, Nemanja Radulovic arbore une vêture atypique de rockeur gothique au sombre absolu… jusqu’à sa longue crinière bouclée couronnant un prince de l’archet !

La nouvelle star couronnée aux « Victoires de la Musique 2014 » est animée d’un brin de folie, celui qu’il faut pour enflammer la foule… et mettre le feu à l’une des plus célèbres partitions de Khatchatourian : son Concerto (1940), fleuron du répertoire pour violon, puissant, virtuose…

Dans cet exercice, tout en suspensions, expressions d’un lyrisme vigoureux, le Franco-Serbe a établi un espace de complicité avec l’Orchestre Philharmonique de Marseille dirigé par la jeune cheffe Eun Sun Kim, des premières mesures à la cadence échevelée…. jusqu’à de folles Variations solitaires sur Paganini… à épater plus d’un violoniste de métier !

Lionel Ginoux - Opéra de Marseille © J.FC’est un peu en marchant sur des œufs que les musiciens ont aussi joué, en création mondiale, un très beau Concerto composé par le jeune Avignonnais, formé au conservatoire Pierre Barbizet : Lionel Ginoux. L’univers de ce compositeur, possédant un sens de la largeur sonore, n’a rien de léger : son unité de ton est sombre, tragique. L’opus procède par phases successives, dévoilant peu à peu une architecture expressive à la texture colorée. Un lent exposé thématique, chromatique, s’érige sur une trame de cordes, roulement de timbales en arrière-plan d’un tableau aux contours douloureux. De là surgit un chant ample ! On file de processus fixes, sereins, inquiétants, vers des explosions où les dynamiques pulsées et redondantes soutiennent la montée en puissance d’une danse macabre au climax bien amené, jusqu’au cri du violon de Radulovic, dans le suraigu, tentant en vain de survivre à la poussée orchestrale : superbe !

JACQUES FRESCHEL
Mars 2014

Photos : Nemanja Radulovic & Eun Sun Kim ; Lionel Ginoux – Opéra de Marseille © J.F


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