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La promotion Senghor de l’ENA, promo Macron

Un millésime

La promotion Senghor de l’ENA, promo Macron - Zibeline

Sur le bandeau qui habille la couverture, une photo de groupe : la promotion Senghor de l’ENA (2001-2004). Parmi les 187 visages, il n’est pas aisé de reconnaître celui du plus célèbre d’entre eux, Emmanuel Macron. Bien avant qu’il soit élu président de la République, il y a quatre ans, Mathieu Larnaudie a mené une enquête sur cette promotion. Il était intrigué par le nombre important de ceux qui en étaient issus officiant dans les cabinets ministériels. En 2017, après l’élection présidentielle, il décide de ressortir ses dossiers.

L’auteur dresse les portraits d’une trentaine d’anciens élèves de la promo en essayant de comprendre comment ils ont accédé si rapidement aux plus hautes sphères de l’État ou de la finance. Un noyau non négligeable d’entre eux possèdent déjà un « pedigree » avec des parents ou grands-parents énarques. D’autres ont des origines plus atypiques avec néanmoins un parcours remarquable depuis leur sortie de l’école. Ne serait-ce que dans l’actualité de ce printemps, on retrouve en première ligne Mathias Vicherat en tant que directeur général adjoint de la SNCF ou Sybile Veil, fraîchement nommée à la présidence de Radio France. Expliquer ces réussites hors du commun par le seul prisme du réseau serait réducteur. Qu’est-ce qui fait que les portes s’ouvrent aussi largement pour ces jeunes gens ? « Pour eux la mobilité est permanente, naturelle (…) ils changent de travail constamment au gré des opportunités, des chances qu’on leur tend, des avancements qu’ils savent se ménager » explique Mathieu Larnaudie. D’autre part, leur rapport au temps semble aussi être un atout. Ils utilisent les trois concepts des Grecs pour l’appréhender : chronos, la durée ; aiôn, la destinée ; kairos, l’occasion. Autre corde à leur arc : ils sont façonnés pour utiliser un langage propre à négociation, et ainsi infléchissent aisément leurs interlocuteurs dans la direction voulue. Au total, à l’ENA, plus qu’un savoir technique, on y apprend un rôle. Plus qu’une école, c’est un conservatoire.

Outre un portrait d’Emmanuel Macron dressé par ses camarades de promo, cette investigation par l’éclairage qu’elle porte sur ces jeunes gens constitue une formidable initiation au décodage des postures et agissements de l’élite qui nous gouverne.

CAROLINE GERARD
Mai 2018

Les jeunes gens, Mathieu Larnaudie
Éditions Grasset 18 €