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Vu par Zibeline

Entre Bénédicte et Bénédict, le nouveau roman de Cécile Ladjali

Un genre à soi

Entre Bénédicte et Bénédict, le nouveau roman de Cécile Ladjali - Zibeline

Le nouveau roman de Cécile Ladjali, Bénédict, commence en noir et blanc. Blanc comme la neige sur le lac Léman, comme ce jour incertain qui se lève sur Lausanne, jour de la mort de David Bowie. Blanc comme ce corps que Bénédict va devoir habiller avant d’aller donner son cours à l’université. Et noir comme le hijab que Bénédicte doit porter dès qu’elle revient à Téhéran. Noir comme les gardiens de la révolution, comme la violence toujours prête à surgir. Blanc / Noir. Maître Laudes / Madame Laudes. Lausanne / Téhéran. Occident / Orient. Bénédict.e, élevée par un père suisse et une mère iranienne, refuse de choisir entre l’Apocalypse de Jean et la poésie soufie. Pas pour rien qu’elle a choisi la littérature comparée, qui lui permet de bondir d’une culture à l’autre, de tisser des liens entre les époques, les œuvres, les pensées. Née femme, elle refuse également d’être assignée à son genre, elle qui « a toujours été à la frontière ». D’où son jeu : à Lausanne, elle est Bénédict ; à Téhéran, elle redevient Bénédicte (mais se travestit à la tombée du soir, afin de pouvoir sortir seule dans la nuit iranienne). « Les deux genres cohabitent en moi, à égalité. Et si mon corps était celui d’un homme, je me travestirais en femme pour tendre vers cette autre moitié… », affirme-t-elle. Ce jeu n’est pas sans danger, mais il en vaut la chandelle puisqu’il conduira à la lumière. Alors le noir et blanc redeviendra couleurs.

Dans ce subtil et envoûtant roman choral, Cécile Ladjali revisite un thème qui lui est cher, celui de l’androgyne (elle y a consacré son mémoire de doctorat). Bowie, la Séraphita de Balzac, d’autres encore, voyagent entre les pages. À travers la figure de Bénédict.e, qui lui ressemble par bien des points, elle pose aussi la question de la place de la femme, en Iran bien sûr, mais également partout ailleurs dans le monde, de la reconnaissance de son esprit, de sa liberté, -l’écrivaine a d’ailleurs dédié son livre « à Mahnaz Mohammadi, femme libre ». Enfin elle rend un bel hommage à la littérature qui se rit des genres et des frontières.

FRED ROBERT
Janvier 2018

Bénédict
Cécile Ladjali
Actes Sud 20,80 €