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Bel envol de l'Ensemble Créations au Temple Grignan de Marseille

Un Ensemble vocal prêt à s’exporter

Bel envol de l'Ensemble Créations au Temple Grignan de Marseille - Zibeline

Il y a des centaines d’Ensembles vocaux, reconnus internationalement ou amateurs, qui ont tous l’espoir de devenir les Accentus, Chapelle Royale King’s College… de demain ; un chef réunit les quatre pupitres (soprano, alto, ténor, basse), choisit un répertoire, fait répéter, en espérant de nombreux concerts. Mais réussir, en si peu de temps, à combiner toutes les couleurs solistes, trouver un bel équilibre, tout en gardant les qualités expressives de chacun, proposer rapidement des programmes audacieux, est un sacré pari, brillamment réussi par les chanteurs de l’Ensemble Créations, si jeune pourtant ! Emilie Bernou, Bénédicte Pereira, Marion Shürr (soprani), Lorrie Garcia, Patricia Schnell (alti) ; Adrian Autard, Arnaud Hervé (ténors) et Jean-Bernard Arbeit, James Han (basses), passent de l’univers romantique de Schubert et Mendelssohn à la musique contemporaine coréenne, avec une incroyable aisance et une maîtrise individuelle et collective de premier plan.

Le merveilleux timbre d’alto de Lorrie Garcia, aux graves somptueux dans les Pièces de Mendelssohn, ou les aigus élégiaques et perlés de Bénédicte Pereira, sont aussi des envolées lyriques solistes remarquées. Mais pour donner cette couleur, proposer ce répertoire si éclectique qui demande une réflexion, une vigilance technique de tous les instants, une écoute sans failles, il fallait un chef de qualité : YeoMyoung Lim a cette énergie, ce caractère, cette précision, des gestes sûrs qui laissent respirer les chanteurs. Frédéric Isoletta est toujours un accompagnateur idéal : sa riche culture musicale lui permet de passer d’un Choral de Brahms pour orgue au romantisme tourmenté de Schubert (Second Impromptu pour piano, remarquablement interprété), puis de guider l’Ensemble vocal dans les tourments du même Schubert : Gott im Ungewitter, qui rappelle Erlkönig (Le Roi des Aulnes) par ses immenses cascades de notes saccadées, suivies d’une détente salutaire. Après une première partie romantique, une seconde très originale avec les merveilleux Motets sur des thèmes grégoriens de Duruflé, entre tonalité et modalité, plénitude des sons dans Tu es Petrus ou finales magiques dans Tantum ergo.

Les Suites de Lorca du finlandais Rautavaara (mort en 2016) sont puissantes, variées, troublantes : grandes plages de sons tenus sur lesquelles se posent les autres voix ou jeux polyphoniques sur un ostinato rythmique, grands glissandi (« Ay ! ») des soprani sur la descente des basses : bel effet (El Grito,le cri). YeoMyoung Lim nous fait découvrir le compositeur coréen contemporain Kyungsook Cheon : Lux Aeternam, Agnus Dei et l’arrangement d’un chant populaire Seïa, Seïa (oiseau, oiseau), des plus… planants ! On retrouve avec Cheon plus d’apaisement, loin des dissonances torturées du natif d’Helsinki, teintes impressionnistes, couleurs rappelant Britten, Duruflé et l’énigmatique estonien Arvo Pärt. Seïa Seïa est un chant traditionnel transmis oralement ; après la version originale (anonyme du XIXe), unisson des soprani, un arrangement des plus pertinents : envolées, dissonances, polyrythmie, appels croisés des timbres, sur les phrases des soprani semblant flotter, sans cesse. Une belle performance musicale de ce jeune Ensemble et ce jeune chef promis à un bel avenir : projets de partenariat, d’échanges avec la Corée du Sud pour permettre des passerelles pérennes, amicales, artistiques entre les deux pays. Une Corée pacifique, ouverte au monde, pour faire oublier l’autre !

YVES BERGÉ
Octobre 2017

Concert donné le 3 octobre au Temple Grignan, à Marseille

Photographie : ensemble Créations © Roland David