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La Serpe de Philippe Jaenada : un superbe roman de réhabilitation

Un coupable idéal

La Serpe de Philippe Jaenada : un superbe roman de réhabilitation - Zibeline

1941. Henri Girard a 24 ans quand il est accusé d’un triple meurtre comprenant son père, sa tante et leur bonne. Les preuves sont accablantes : les portes du château – où lui même se trouvait cette nuit-là – fermées de l’intérieur ; aucune marque d’effraction ; sa haine affichée de sa famille ; la fortune dont il hérite. Contre toute attente, la plaidoirie brillante de son avocat Maurice Garçon le sauve d’un verdict couru d’avance. Il est acquitté, mais reste le coupable idéal aux yeux du plus grand nombre. Il dilapide son héritage, s’exile au Venezuela d’où il revient clochard, renommé Georges Arnaud, avec pour seul bien un manuscrit, Le Salaire de la peur, dont Georges Clouzot tirera le célèbre film éponyme. Convaincu de son l’innocence, Philippe Jaenada, nourri du goût des archives et d’un désir de justice déjà prégnants dans son roman La petite femelle, part dans le Périgord où se sont déroulés les faits soixante-seize ans plus tôt, jouant les Hercule Poirot méticuleux et drolatiques. De cette enquête résultent 650 pages foisonnantes, à se perdre parfois dans le détail. Comme à l’accoutumée, l’auteur se met en scène dans le texte, entrecoupant le récit de digressions personnelles sensibles et truculentes, apportant une légèreté opportune dans un récit à vif, tragique. Il fait courir le suspens, retarde le moment fatidique de la description de la scène du crime, autant par souci narratif que par pudeur pour les défunts ou répugnance pour le sensationnel, interrogeant ainsi la place accordée au fait divers dans nos sociétés enclines à quelque fascination macabre ?

La Serpe est un roman joyeusement enfantin dans son accroche, rigoureux dans sa recherche, touchant dans son dessein de restaurer l’honneur d’un homme et dans l’évocation de l’amour filial : le sien pour son fils, celui des Girard père et fils.

MARION CORDIER
Décembre 2017

Philippe Jaenada a reçu pour cet ouvrage le prix Femina 2017.

La Serpe Philippe Jaenada
Éditions Julliard, 23 €.