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Daniil Trifonov au GTP, magistral dans un programme autour de Chopin

Trifonov le magicien

Daniil Trifonov au GTP, magistral dans un programme autour de Chopin - Zibeline

Dès les premières notes, on le sait, ce dandy aux allures romantiques d’un Musset nous convie à un voyage. Touches effleurées, caressées, amoureusement… Daniil Trifonov nous emporte dans un univers subtil et élégant où la poésie devient évidence sensible. Délicatesse des 12 variations sur un thème de Chopin (le Prélude n° 7 en La majeur) de Federico Mompou, légèreté expressive qui s’emporte, se glisse dans un exercice où les genres musicaux du XIXe se déclinent, valse, galop, nocturne… Pastiche arpégé de Schumann, et sa miniature Chopin, extraite du Carnaval, hommage rendu à l’ami et compositeur… Vibrations bouleversantes de l’Hommage à Chopin (extrait des Stemninger op. 73 n° 5) de Grieg, croches multipliées, frémissement d’âme… Le jeune virtuose nous conduit au XXe siècle où éclot le Nocturne op33 (Hommage à John Field) de Samuel Barber, avec ses ornementations, ses frottements harmoniques parfois, qu’emporte la souple ligne mélodique. La quinzième des Dix-huit pièces op. 72 de Tchaïkovski, Un poco di Chopin (tempo di mazurka en ut dièse mineur), conjugue la légèreté d’une danse populaire russe et une diffuse nostalgie ; enfin la vague puissante de Rachmaninov décline en une bouleversante virtuosité les Variations sur un thème de Chopin op. 22, (le majestueux Prélude n°20), premiers accords lents qui jouent entre forte et piano, puis envols déliés, contrepoints, gammes échevelées, arpèges… l’art du maître polonais est ainsi revisité en un piano précis, nuancé avec grâce. La Sonate n°2 en si bémol mineur op. 35 de Frédéric Chopin vient enfin apporter son exaltation, les remuements les plus intimes de l’esprit romantique. Gravité pleine, murmures, éclats, tragique de la célébrissime Marche Funèbre qu’on a l’impression d’entendre pour la première fois, méditation, cri… la technique époustouflante du jeune pianiste est oubliée au profit de l’expression ; se dessinent les paysages sensibles d’une âme en un temps suspendu où plus rien n’existe. L’ensorcellement perdure encore lors du seul rappel consenti, mais tout n’était-il pas dit ?

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2017

Concert donné au GTP, Aix-en-Provence, le 1er décembre 2017

Photographie : Daniil Trifonov © Dario Acosta


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