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Vu par Zibeline

Pari réussi pour 13 en courts 2017

Treize fois un

• 6 octobre 2017⇒11 octobre 2017, 6 octobre 2017⇒11 octobre 2017 •
Pari réussi pour 13 en courts 2017 - Zibeline

J+3 ce vendredi 6 octobre pour les 12è Rencontres Films Femmes Méditerranée qui affichent comme au premier jour, complet. Au cinéma Les Variétés, le public est venu participer à la traditionnelle soirée 13 en courts, seule section compétitive des Rencontres. Treize courts métrages en lice pour deux prix : du Jury et du Public. Neuf pays représentés, 7 premiers films, dont deux réalisés par des binômes homme/femme, et beaucoup de personnages masculins finalement dans ces films qui ne se cantonnent pas aux sujets que d’aucuns imaginent «féminins». Le court métrage est souvent un passage nécessaire pour les jeunes cinéastes. C’est par 13 en courts qu’on avait pu découvrir Kaouther Ben Hania ou Carla Simon dont les longs métrages ont été sélectionnés à Cannes cette année. Autant dire que la programmatrice Annie Gava a du flair pour repérer les talents !

Comme du papier à musique…

Plus que tout autre, le genre court condense l’essentiel, privilégie l’ellipse, distille le non-dit. Sans doute est-ce une des raisons pour laquelle certains films de la sélection chorégraphient leur récit. Quand dans Santé, Sabrine Khoury fait danser Sarra, sa jeune protagoniste à un check point, seule Arabe entre des Israéliens figés : d’un côté ses partenaires, de l’autre les soldats qui viennent de la fouiller, il n’y a guère besoin de discours. Quand la jeune Tunisienne de Black Mamba d’Amel Guellaty, saute et rebondit sur le ring, morcelée en gros plans dans un corps à corps rageur contre son adversaire, on voit bien que son combat dépasse le simple amour de la boxe. Fille promise à un mariage de raison par amour pour sa mère, aidé par un frère-manager qui a quitté la maison et ses contraintes, elle mène une double vie de sportive et de jeune fiancée sage. Les ecchymoses de son visage sont imputées aux humeurs de son futur conjoint sans que cela émeuve outre mesure l’entourage, tous les hommes n’ont-ils pas de petits défauts ? On garde en tête sa fuite en robe de mariée sous les regards étonnés et réprobateurs, échappant au destin d’épouse pour le challenge des Jeux Olympiques. Autre fille courageuse, la jeune Libanaise de Dania Bdeir dans In White, revenue des USA pour l’enterrement de son père, imposant, après s’être pliée un moment à la mascarade réglée des conventions, aux gestes programmés, normatifs qui vidaient de son sens l’adieu filial, sa robe blanche. Dans Patates olmasin de Melissa Üneri, c’est un ballet mécanique, répétitif qui se met en place et les cadrages qui disent la mise à l’écart, la solitude du petit employé un peu maniaque, moqué de ses collègues, rangé dans l’image comme les frites qu’il aligne en les prélevant de ses wraps, un ballet qui accouche d’une petite vengeance à déguster chaude. Réglé comme du papier à musique encore le film expérimental de Nadia et Laila Hotait : The night between Ali ans I, reconstruction-déconstruction fictive du braquage de la Bank of America de Beyrouth en 1973 et de la prise d’une quarantaine d’otages par quatre jeunes membres du mouvement socialiste révolutionnaire libanais. Défilement en triptyque d’images, accompagné par un récitatif à trois voix. C’est encore un ballet que propose  le très beau court d’animation de Michelle et Uri Kranot : arrivée et départ de corbeaux, de musiciens, de passants dans le silence d’une forêt bleutée en marge d’une ville industrielle :  le sentiment de la vie qui va, même si comme l’annonce le titre : Nothing happens.

Paroles et silences

Quand ils sont mis en avant, les mots jouent sur un décalage absurde comme dans Las reglas del subjuntivo de Leticia Torres où, face aux ressentiments d’un homme contre sa mère, sa professeure d’espagnol répond par des règles de grammaire. Ou ils entretiennent un malentendu comme dans There is nothing in this world d’Andreea Valean. Ou encore filent l’analogie comme dans le film de Caroline Proust et Etienne Saldes, parallèle entre une justice qui ne peut revenir sur une première erreur et une femme battue qui ne peut reconnaître qu’elle est restée après Le premier coup. Pour dire l’insupportable, Rana Kazkaz et Anas Khalaf choisissent le silence dans Mare nostrum où on voit, sur une belle plage, le comportement étrange d’un père qui jette sa fille à l’eau de force toute habillée jusqu’à ce que la fiction soit interrompue par un journal télévisé qui annonce le naufrage de clandestins en Méditerranée et le sauvetage d’une petite Syrienne. Dans Les Enfants partent à l’aube de  Manon Coubia, il n’y aura guère de mots entre la mère et le fils promu dans Les Chasseurs Alpins, uniforme blanc, décoration rouge. Leurs regards suffiront à imaginer une histoire ancienne et pas simple ! Dans Heverk de Ruken Tekes, les langues se côtoient : on est à l’école, on apprend le turc aux petits ezidis, le paysage grandiose de Mésopotamie balayé en plans larges semble s’opposer à la fermeture du cercle qui emprisonne une fillette discriminée et des enjeux politiques terribles se lisent dans ces jeux enfantins.

Notons encore le joli film de Jacqueline Lentzou : Alepou (Renard). La jeune réalisatrice y recrée avec subtilité la grâce d’une journée d’été en Grèce dans une maison entourée d’un grand jardin. Un  ado, sa copine, ses deux frère et sœur. Le flirt, les jeux, un drame en suspens et quelque chose qui s’achève avec le départ de la mère, la mort du chien.

La soirée s’est achevée par le tirage au sort des billets numérotés car avec 13 en courts les spectateurs tout en découvrant du bon cinéma, peuvent aussi gagner des places de ciné, un week end surprise,  et même cette année un panier vert semblable à celui de l’affiche signée Raesa Saadeh où l’artiste palestinienne a introduit sa tête  !

PALMARES de 13 EN COURTS 2017 :

Le jury composé de Juliette Lambours, Marie Poitevin, Lisa Reboulleau et Laurence Ripoll-Conte, a attribué son Prix à Alepou de Jacqueline Lentzou (Grèce).

Il a également attribué une Mention à Hevêrk (Le Cercle) de Rûken Tekeş (Turquie)

Le Jury Lycéens, une classe de 2nde du Lycée Périer a attribué son Prix à Mare Nostrum de Rana Kazkaz et Anas Khalaf (France/ Syrie)

Le Prix du public revient à Black mamba d’Amel Guellaty (Tunisie)


ELISE PADOVANI
Octobre 2017

Photo Alepou© Blonde S.A


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