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Un cas d’école édifiant par Alain Deneault : l’entreprise Total

Total écœurement

Un cas d’école édifiant par Alain Deneault : l’entreprise Total - Zibeline

« Total : qui affecte toutes les parties, tous les éléments ». Ainsi débute Le Totalitarisme pervers, par une définition du Petit Robert qui en dit long sur les ambitions de la société pétrolière portant ce nom. Le philosophe Alain Deneault a publié aux Éditions Rue de l’échiquier un gros ouvrage, De quoi Total est-elle la somme ?, dont ce livre est à la fois la synthèse et le complément. Il décrit de manière très documentée le parcours de l’entreprise française devenue multinationale tentaculaire, en la considérant comme un cas d’école.

En quoi est-elle perverse ? Pour dégager ses bénéfices faramineux (8,29 milliards en 2016, 13,9 milliards en 2008, l’année de la crise…), elle joue sur tous les tableaux. Alors que l’État s’est départi de ses titres au fil des privatisations et que 72% de son capital est à l’étranger, elle « compte sur le bras armé de la France » pour sécuriser ses investissements (Nigeria, Mali, Libye…). Aux fins de rentabilité, elle mène son activité massivement polluante, accapare des ressources, délocalise, collabore avec des dictatures, se rit des journalistes et des chercheurs quand elle ne les achète pas, et « compte exploiter ses puits jusqu’à la dernière goutte » au mépris du réchauffement climatique.

Le tout en respectant les apparences de la légalité, avec la complicité des gouvernements successifs. Pour bien des multinationales aujourd’hui, il est plus simple d’influer sur la législation via un lobbying bien rodé que d’avoir à la contourner a posteriori. Aussi Total, avec son armada de juristes, jongle-t-elle avec les lois, échappe à la fiscalité, profite des zones de non-droit. Berne son monde,  instrumentalise avec brio les valeurs morales en se posant comme philanthrope ou mécène des arts (ah, les expositions qu’elle finance au Louvre, au Mucem !). S’érige « en entreprise citoyenne en France tout en saccageant les écosystèmes du Nigeria ».

Et prépare tranquillement l’après pétrole, en diversifiant « radicalement ses activités afin de se positionner comme énergéticienne dans les secteurs qui seront en vogue lorsqu’elle et ses semblables auront épuisé les derniers sites pétroliers accessibles »*. Est-ce une planète façonnée par Total et ses semblables que nous voulons laisser à nos enfants ?

GAËLLE CLOAREC
Décembre 2017

Le Totalitarisme pervers
Alain Deneault
Éditions Rue de l’échiquier, 13€

* Lire notre article consacré à la raffinerie de La Mède en Provence.