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Vu par Zibeline

Au Merlan, Mélanie De Biasio impose un live aérien et exigeant, entre Nina Simone et Nick Cave

Sur les hauteurs

Au Merlan, Mélanie De Biasio impose un live aérien et exigeant, entre Nina Simone et Nick Cave - Zibeline

Permettez-nous de préférer aux pâles sylphides aux voix diaphanes, qui sont au jazz ce que le papier glacé est au parchemin des incunables, ce majestueux oiseau de mauvais augure qu’est Melanie De Biasio. La chanteuse belge, qui a commencé le jazz avec un ancien comparse de Chet Baker et une inflammation pulmonaire qui a lui imposé sa sobriété vocale, n’est « jazz » que dans le souffle (et par pitié, épargnez-nous cet horrible adjectif « jazzy », merci). Après son album Lillies paru ces dernières semaines, qui succède à No Deal (et un maxi constitué du long morceau Blackened Cities), elle se présente sur la scène d’un Merlan complet. Et c’est peu dire qu’elle n’a recours à aucune grosse ficelle pour conquérir ce public. Son concert crépusculaire est ponctué de longues improvisations climatiques entre guitariste/claviers (parfois un peu envahissant) et batteur (tout en swing et sobriété), seuls musiciens sur scène autour de sa voix et de sa flûte, qu’elle tient fermement, comme pour l’aider à tenir en équilibre. L’artiste aura ainsi beaucoup de mal à s’approcher du public, ne s’aventurant en avant-scène que maladroitement. À son rythme, le trio laisse les choses advenir comme dans Lillies qui débute comme un blues conventionnel avant de s’alanguir dans les reverb de guitares, assez Doorsien, finalement. Jamais on n’aura été aussi fidèle à Nina Simone que sur Afro Blue, une des chansons les plus mélodieuses du répertoire, qui exprime une hauteur et une dignité rares dans la musique actuelle (on pense clairement à Nick Cave). Se livrant dans une orchestration minimale ou plus ample grâce aux effets d’écho (la reprise en rappel de The Flow, en guitare/voix), le chant de Melanie De Biasio demeure toujours aussi impérieux comme le nébuleux All My Words dont le spoken word sonne comme une prière païenne. Par ses vides et ses textures parcimonieuses, on peut se sentir comme aspiré : cette musique saturnienne donne autant qu’elle prend, sous des éclairages (?) très mesurés. Mais c’est dans l’obscurité que les étoiles brillent plus fort.

HERVÉ LUCIEN
Décembre 2017

Melanie de Biasio s’est produite le 24 novembre au Merlan à Marseille.

Photographie : Melanie De Biasio © David Haesaert-B&W


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/