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Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel est publié dans la collection L'infini chez Gallimard

Sous le signe du cerf

Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel est publié dans la collection L'infini chez Gallimard - Zibeline

La solitude de l’écrivain à la recherche de la vérité sur les traces d’un daim blanc ou de cerfs qui fuient dans la forêt est une des pistes de lecture du dernier roman de Yannick Haenel. Jean, le narrateur (c’était déjà celui du roman précédent Les renards pâles) nous emmène dans un périple d’interrogations, de rendez-vous manqués, de rencontres avec des personnages cocasses ou inquiétants. Ainsi une concierge acariâtre, un voisin louche, des enquêteurs qui évoquent les Dupond & Dupont, un maître d’hôtel qui ressemble à Macron ne sont pas les seuls à nous intriguer ou à nous amuser. Jean semble circuler dans un grand jeu de l’oie où les événements se succèdent sans logique au gré de l’absorption de grandes quantités d’alcool. Il est contraint de quitter l’appartement qu’il loue, il a dépensé tout l’argent gagné avec ses derniers livres (car il est aussi écrivain…), il perd le dalmatien qui lui avait été confié. Enfermé, vautré sur son canapé, il visionne en boucle les films cultes de Coppola et de Cimino et tente d’oublier qu’aucun producteur n’a voulu de son scénario écrit en hommage à Melville. Le seul avis bienveillant est celui de son idole Cimino rencontré à New York. C’est le soir de son anniversaire, au cours d’une soirée mémorable à la fois tragique et loufoque à la brasserie Bofinger, que la rencontre de Léna, conservatrice du Musée de la chasse, déclenche un nouvel appétit pour la vie : « Je sais qu’une chose m’attend, une chose étrange et riche – un trésor. » Ce sera sa réconciliation avec l’écriture, au bord d’un petit lac non loin de Rome. Son amour du cinéma et de la littérature, des images et des mots écrits au feutre rouge sur les murs de sa chambre, de leurs messages, lui ont permis aussi de se reconstruire. Il a tenu « ferme (s)a couronne ». Yannick Haenel signe là un roman dense et riche, ancré dans le quotidien, parfois sombre, mais animé d’une foi en l’homme et la littérature qui fait du bien.

CHRIS BOURGUE
Novembre 2017

Tiens ferme ta couronne Yannick Haenel
L’infini-Gallimard, 20 €

Yannick Haenel était invité aux Correspondances de Manosque

Tiens ferme ta couronne a reçu le 9 novembre dernier le prix Médicis.