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Vu par Zibeline

Harmonia Mundi : label collectionneur de talents

Sous le label Harmonia Nova

Harmonia Mundi : label collectionneur de talents - Zibeline

La maison Harmonia Mundi a fêté ses soixante ans, essaimant ses concerts dans divers lieux arlésiens, chacun, symbolique. Ainsi, c’est la salle du Capitole, ancien cinéma du quartier de la Roquette et lieu de représentation des classes du conservatoire d’Arles, qui accueillait le concert de quatre nouvelles recrues du label, en écho à leur jeunesse et avec l’ambition de donner le goût de l’exigence musicale aux élèves invités. Peu de hasard dans le choix des quatre musiciens, Tanguy De Williencourt (piano), Anaïs Gaudemard (harpe), Marie Perbost (soprano), Bruno Philippe (violoncelle), chacun moult fois primé, doté déjà d’une carrière nationale et internationale, tous distingués par la production d’un album chez Harmonia Mundi dans le cadre de la collection consacrée aux talents confirmés d’aujourd’hui, Harmonia Nova (les albums d’Anaïs Gaudemard, qui a sorti un premier disque chez Claves Records, et Marie Perbost paraîtront fin 2018)…

Cette jeune et talentueuse phalange proposait un programme de musique française d’une belle cohérence, variant entre solos, duos et trios (on aurait même aimé un quatuor qui ne vint pas !). Les pièces des compositeurs subtils comme Fauré, Massenet, Saint-Saëns, tissant de délicates harmonies, étaient interprétées avec finesse, dialogues irisés entre piano, harpe, violoncelle, frémissement de la partition Le Cygne (Saint-Saëns), entre violoncelle et harpe, jeu fluide du piano dans Pagodes de Debussy, voix pleine et large de la soprano dans l’approche difficile de la mélodie française, et qui trouve sa plénitude dans les airs de Francis Poulenc à l’espièglerie malicieuse, dont le fameux Hôtel sur un poème d’Apollinaire, « je ne veux pas travailler » (que popularisera plus tard le groupe Pink Martini). La création contemporaine n’était pas oubliée, écriture puissante et contrastée de Thierry Escaich (né en 1965) et ses deux premières Études impressionnistes pour piano, dynamisme et emportements des Chants de l’Agartha de Guillaume Connesson (né en 1970) pour violoncelle et piano, ou encore le bouleversant Bamyan pour harpe seule de Philippe Hersant (né en 1948), précédé d’une petite introduction qui rappelle les circonstances et le propos de cette composition, « souvenir d’une musique entendue en Afghanistan » à Bamyan, la ville où se trouvaient les deux bouddhas géants qui ont été détruits par les talibans. Le motif oriental se love dans la toile des réminiscences, échos de paix dans la dévastation des guerres… Le concert prend alors une signification autre, ancre la création dans la réalité, souligne la relation profonde entre l’art et le monde. L’interprète est ici le passeur privilégié, qui nous donne à entendre les résonnances et à explorer notre humanité. Moments de grâce.

MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2018

Concert donné salle du Capitole (Arles) à l’occasion du festival fêtant le soixantième anniversaire du label Harmonia Mundi, le 2 juin.

Photographies : © Olivier Quérette