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Un traitement philosophique de la notion de consentement par Geneviève Fraisse

Qu’est ce que le consentement ?

Un traitement philosophique de la notion de consentement par Geneviève Fraisse - Zibeline

Ce livre est un questionnement autour de ce mot concept qui se charge de plus en plus d’une teneur politique. Le consentement est la marque de l’autonomie du sujet, il est l’« acte par lequel quelqu’un donne à une décision dont un autre a l’initiative l’adhésion personnelle nécessaire pour passer à l’action ». Mais ce concept est contradictoire, hors de propos pour l’ONU depuis 2000 dans la question de la traite des femmes par exemple, ou pour les très jeunes mineurs.

Geneviève Fraisse est philosophe et généalogiste de la pensée contemporaine de l’égalité de sexes. Elle ne pouvait que se saisir pleinement de ce terme usuel et volatile. Sans trancher. Car en matière de liberté ou d’égalité de sexes – parité, prostitution, port du foulard, indifférence des sexes – nous sommes sommés de choisir ; pour ou contre, c’est l’affect qui marque l’histoire sexuelle. Or ce livre veut mettre de côté l’opinion pour penser une philosophie du consentement.

Consentir est-ce vraiment être libre ? Geneviève Fraisse axe le cœur de l’ouvrage sur les questions cruciales de la prostitution, du mariage et du port du foulard islamique. Le mariage est depuis l’origine un faux consentement de la part de celle qui ne peut avoir de statut juridique que dans son rattachement à l’homme ; le consentement est souvent silence, celui « qui ne dit mot ». Il n’y a pas de mutualité des volontés. Ce n’est pas le mariage qui crée le consentement tel que le comprend notre monde, mais le divorce !

Conjugué au statut du salariat auquel accède la femme, la prostitution est aussi à interroger. Car avant le salariat et le divorce, prostitution et mariage sont similaires, ils sont les seuls moyens d’autonomie de la femme. Toute la difficulté est de ne pas distinguer, dans une pensée moderne débarrassée de l’hétéronomie religieuse, entre bonne et mauvaise sexualité. Il suffirait donc de faire place au contrat ? De s’assurer du consentement ? Mais la domination masculine n’est pas niée pour autant ; elle est canalisée par le contrat. Et cette légalisation de la prostitution se heurte au proxénétisme exploitant des femmes sans papiers…

L’auteure ne tranche pas entre abolitionnisme et légalisation. Tout comme elle interroge le discours féministe sur la représentativité : qui peut parler au nom des femmes ? L’argument kantien de l’universalisation de la maxime (fais en sorte de faire ce que tout le monde peut faire sans contradiction) tient-il pour le port du foulard ou la prostitution ?

Ce livre expose en fait une complexité, celle de l’autonomie du sujet construite depuis trois siècles et des chemins divers de son émancipation. Il nous invite décidément à penser autrement : « Il faut cesser d’enclore les femmes dans une situation de victimes. C’est une histoire non pas dépassée comme réalité, mais périmée comme instrument de libération. »

REGIS VLACHOS
Avril 2018

Du consentement Geneviève Fraisse
Seuil 16 €