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Retour sur le festival CoLibriS qui s'est déroulé à la Friche et dans la région du 24 au 30 avril

Que viva CoLibriS

Retour sur le festival CoLibriS qui s'est déroulé à la Friche et dans la région du 24 au 30 avril - Zibeline

Faut-il multiplier les moments festifs (concerts, milongas…) pour qu’un festival littéraire soit jugé digne d’être financièrement soutenu ? À l’issue de la sixième édition de CoLibriS, on peut se poser la question. Depuis sa création, la manifestation a déployé ses ailes, ouvrant des perspectives inédites, comme le croisement de regards latino-arabes pour la présente édition, et gagnant année après année une notoriété internationale. Le travail de fond, que les acteurs de ce festival mènent avec enthousiasme pour faire connaître et apprécier les littératures contemporaines d’Amérique latine, ne semble pourtant pas convaincre les institutions. Celles-ci ne cessent de réduire leurs aides, au point que l’équilibre financier de la manifestation relève aujourd’hui de la gageure. Le budget de la culture est en baisse et à l’intérieur dudit budget, la littérature est loin de se tailler la part du lion : trop peu visible, disent les uns ; trop élitiste, critiquent les autres. S’ils avaient assisté aux échanges stimulants qui se sont tenus à La Friche, ils auraient constaté qu’exigence littéraire et accessibilité, même lorsque les sujets abordés sont complexes, sont compatibles. C’est d’ailleurs une des grandes qualités de CoLibriS, qui n’est pas un salon où l’on vient faire ses courses, mais un véritable lieu, stimulant, de recherche, d’échange et de découvertes.
Parmi les rencontres passionnantes de cette édition, la table ronde qui a réuni Carlos Liscano, Matias Néspolo, Maïssa Bey et Kamel Daoud autour du thème de «l’écrivain, voix politique». Hernan Harispe a lancé le débat. Constatant le bouleversement politique et social du continent sud-américain depuis deux décennies, voyant le même changement en germe dans le monde arabe, il a demandé si la littérature accompagnait ou non ces mutations. Selon l’Uruguayen Liscano, il y a actuellement un «divorce» entre littérature et politique en Amérique latine, ce que corrobore le jeune écrivain argentin Néspolo (lire ici la critique de son roman Sept façons de tuer un chat) pour les années 1990 du moins. Cette période d’évolution néolibérale de tout le continent a favorisé l’éclosion d’une littérature plus légère, plus formaliste, moins engagée. Mais les temps changent ; de nombreux écrivains de sa génération renouent aujourd’hui avec des thèmes politiques, liés au poids de l’héritage des dictatures. Face à des auteurs sud-américains «impliqués», les Algériens se disent totalement «engagés». Kamel Daoud (lire ici la critique de son roman Le Minotaure 504) rappelle brillamment la nécessité de la littérature face à la dictature. À quoi Maïssa Bey ajoute que «toute prise de parole dans un pays où la transgression des codes est sévèrement punie est un acte politique.» Daoud conclura pourtant que l’expérience de l’Amérique latine l’intéresse mais ne répond pas à sa question fondamentale : comment vaincre la dictature religieuse ?
CoLibriS permet aussi des découvertes. D’auteurs, comme le Chilien d’origine palestinienne Walter Garib ; un octogénaire flamboyant à l’élocution magistrale. D’éditeurs également. L’Atelier du Tilde, à qui l’on doit l’édition du Voyageur au tapis magique de Garib, était à l’honneur cette année. Cette  maison lyonnaise (créée en août 2010) est née de la volonté de trois jeunes traducteurs de diffuser des œuvres latino-américaines et espagnoles inédites en français, d’où le nom «tilde», tout en soignant l’objet de façon très artisanale, d’où le terme d’«atelier». Les jeunes éditeurs font presque tout eux-mêmes, traduction, fabrication, diffusion…, ce qui leur permet de proposer de très beaux livres à des prix très doux. Une démarche peu lucrative mais généreuse !
Pour l’équipe de La Marelle, l’heure est désormais aux bilans. Qu’adviendra-t-il de CoLibriS en 2014 ? Sans doute faudra-t-il l’associer à d’autres événements (le festival de cinéma sud-américain ?). L’ouverture au public scolaire et universitaire, largement amorcée cette année devrait croître encore. Afin que (sur)vive un festival littéraire de grande qualité !

FRED ROBERT

Mai 2013

Le festival CoLibriS s’est déroulé à Marseille (La Friche) et dans la région du 24 au 30 avril

Photo : Ouvrages de l’Atelier du Tilde (c) Juliette Lück


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