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Retour sur le film Diplomatie de Volker Schlöndorff vu en avant-première au cinéma le Renoir d'Aix

Paris sera toujours Paris

• 24 février 2014 •
Retour sur le film Diplomatie de Volker Schlöndorff vu en avant-première au cinéma le Renoir d'Aix - Zibeline

«Quel homme êtes-vous donc ?» demande le consul suédois Raoul Nordling au général Dietrich Von Choltiz, cette nuit du 24 au 25 août 1944. Quel homme est-on en effet quand tout en se réclamant de l’honneur militaire, du patriotisme, de l’amour de sa femme, de ses enfants, on est capable d’exterminer des milliers de juifs polonais, d’anéantir Rotterdam, et qu’on est prêt, sur l’ordre d’un Führer, enragé par sa défaite imminente, à rayer Paris de la carte, tuant une partie de sa population civile ?
Après La mer à l’aube (2011) qui retraçait les derniers jours de Guy Mocquet, Volker Schlöndorff revient, dans son dernier film, Diplomatie, présenté à la Berlinale 2014, sur un épisode méconnu de la deuxième guerre mondiale. Parce que ce qui a eu lieu et ce qui n’a pas eu lieu dans ces années-là, fondent les relations franco-allemandes actuelles, que la guerre poussant les êtres humains vers des extrémités pose des problèmes moraux passionnants, et qu’elle est fondamentalement dramatique.
Diplomatie, c’est d’ailleurs au départ une pièce de théâtre à succès de Cyril Gely, coscénariste de cette adaptation cinématographique. En une nuit, vont se jouer le sort de la Capitale et celui du futur européen dans une chambre de l’hôtel Meurice, où Napoléon III par une porte dérobée rejoignait autrefois sa maîtresse. Vaudeville et tragédie. Huis clos nocturne. Partie d’échecs, de fleurets, bras de fer dans un décor raffiné Grand Siècle. Les dernières bouteilles de grands crus sont vidées. Les mots bataillent tandis qu’à l’extérieur parlent les armes. Le réalisateur reprend les mêmes acteurs rodés par quelque 300 représentations à la scène : Niels Arestrup en officier nazi, corps massif, pesant, s’affaissant parfois sous les assauts de crises d’asthme, André Dussollier en diplomate, pas si neutre que ça, mobile, nerveux, souple, assiégeant cette forteresse de certitudes prussiennes. Loin d’une simple captation, Diplomatie construit grâce au découpage, au rythme, au choix des gros plans, un véritable suspense de cinéma, d’autant plus virtuose qu’on sait bien que Paris ne sera pas détruit. L’entrevue évoquée est fictive, le dialogue inventé. La réalité fut sans doute plus confuse, les tractations, les marchandages politiques avec les Alliés, plus retors, voire plus sordides mais la capitale française a bien échappé de justesse à la destruction totale qui aurait réduit les chances d’une paix durable en Europe.
Le film de Schlöndorff qui s’achève à la naissance de l’aube, est une déclaration d’amour à Paris et un hommage à la diplomatie qui peut être efficace quand elle se double de courage.Volker-Schlöndorff-©-Annie-Gava

ELISE PADOVANI
Février 2014 

Diplomatie a été présenté  en avant-première, le 24 février au cinéma Le Renoir à Aix-en-Provence  en présence de Volker Schlöndorff. Il sort en salles le 5 mars
www.lescinemasaixois.com

Photos :
Diplomatie
de Volker Schlöndorff © Gaumont
Volker Schlöndorff © Annie Gava