Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Passerelles artistiques entre le Maroc et la France, au MuCEM

Paradoxe franco-marocain

• 20 juin 2014⇒27 octobre 2014 •
Vérifier les jours off sur la période
Passerelles artistiques entre le Maroc et la France, au MuCEM - Zibeline

Le MuCEM continue de se consacrer au Maroc contemporain, avec le deuxième volet des artistes dans la cité, qui s’attarde cette fois sur les Passerelles artistiques entre le Maroc et la France, et leur étrange paradoxe. Clairement politiques, cinq vidéos exposent avec force les contradictions d’une société marocaine qui ne dit pas ses manques, et couvre sa misère. Ainsi Hassan Darsi filme un ouvrier qui repeint une façade délabrée avant le passage du cortège de Mohammed VI et François Hollande : son geste dérisoire est restitué au ralenti, pour que la portée du paradoxe s’imprègne, et le danger de ce travail inutile en hauteur et sans mesure de sécurité. La vidéo d’Yto Barrada semble lui répondre : une maquette de ville s’anime au passage d’un convoi officiel puis retombe dans la décrépitude d’un paysage urbain désert. En une métaphore encore de la relation au pouvoir, Mohammed Laouli filme les mains d’une femme écrivant inlassablement au Roi, devant son palais, sans lui envoyer sa lettre. Coupée en deux la vidéo montre la femme perdue et ses mots solennels…

Plus frappant encore, le long panoramique de Younes Baba-Ali sur la palissade d’un chantier mirifique : on y voit des familles riches, européennes, vivre une vie de luxe, au musée, à l’hôtel, au spectacle, au cinéma. Mais la caméra passe devant une vieille arabe pauvre, puis la palissade s’efface sur un chantier à l’abandon, vague friche boueuse… La vidéo de Martine Derain, plus longue, documentaire, sonorisée, montre de ses images troublées un groupe de marocains qui disent les impasses de leur société, celle qui exploite les sub-sahariens, qui n’a pas de trace de son histoire, qui entretient avec sa mémoire et Marseille un rapport ambigu. On y voit aussi des Chibanis à Marseille, qui disent le passé des relations entre les deux rives. Car le paradoxe de cette passerelle artistique est bien dans cette ambiguïté que le Maroc entretient avec le pays «étrange» qui l’a colonisé, et auquel il veut finalement ressembler.

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2014

Des artistes dans la cité, Volet II
Passerelle artistique : étrange paradoxe
Exposition conçue en collaboration avec le Source du Lion, Casablanca
jusqu’au 27 oct
MuCEM, Marseille
www.lasourcedulion.com


MuCEM
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org