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Ôtez-moi d'un doute de Carine Tardieu, une comédie à la française plutôt réussie

Ôtez-moi d’un doute

• 6 septembre 2017⇒13 septembre 2017 •
Ôtez-moi d'un doute de Carine Tardieu, une comédie à la française plutôt réussie - Zibeline

Salle comble ce 9 juin à l’Alhambra. Dans le cadre de la reprise de la Quinzaine des Réalisateurs, Carine Tardieu, accompagnée par Cécile de France, présentait son dernier long-métrage, Ôtez moi d’un doute, dont la sortie en salle est fixée au 6 septembre. Une « touche de légèreté » dans la Sélection d’Edouard Waintrop, a-t-on pu lire, après la projection cannoise de ce film. Et de fait, le film, dédié à Claude Sautet, est une comédie « à la française » plutôt réussie : drôle, malicieuse, joueuse et enjouée. Un scénario bien ficelé ménageant son lot de surprises, une mise en scène efficace sans « esbroufe », des dialogues brillants peaufinés par les coscénaristes Michel Leclerc et Raphaële Moussafir, une musique mêlant la vivacité de Vivaldi et de Mozart à la modestie sentimentale d’une ritournelle ou d’une chanson de Reggiani, et, pour couronner le tout un casting parfait où, aux côtés de Cécile de France, on retrouve François Damiens, Guy Marchand et André Wilms.

Pour autant, sous ses dehors rieurs, cette comédie humaine-là se charge souvent de gravité et d’émotion explorant sans mièvrerie l’intimité des liens parents-enfants. Erwan est un quadra breton, veuf depuis des années. Il démine les terrains encore truffés d’explosifs de la Seconde Guerre mondiale, prend soin de son vieux père ancien pêcheur devenu vulnérable, et de sa fille unique célibataire et enceinte. Cette dernière s’occupe de cas sociaux. Il rencontre Anna, médecin généraliste qui s’occupe, elle, de ses patients et de son propre père qui l’a élevée tout seul. Deux familles différentes, parallèles, dont les histoires se ressemblent pourtant et se sont sans doute croisées, deux familles blessées par un deuil, un abandon, qui n’ont rien de « haïssable », où les gens sont bienveillants, attentifs aux autres. On n’est pas chez les Atrides, même si les hasards de la vie rendent toujours possible un inceste au croisé des chemins. On se « reconnaît » dans tous les sens du terme, que la filiation soit génétique ou élective. Quand Erwan apprend que celui qu’il a toujours considéré comme son père ne l’est pas, la bombe à retardement de ce non-dit familial n’explose pas et se désamorce en douceur. La réalisatrice le place dans un bureau devant une femme qu’on prend d’abord pour une psychanalyste avant de comprendre qu’elle est la détective engagée pour retrouver son père biologique : retour sur le passé et sur soi qui permettra une renaissance. Carine Tardieu file les métaphores invitant le spectateur à tisser avec elle un réseau d’images et de mots qui déclinent ses thèmes de prédilection, jouant avec un doute qu’elle n’ôtera pas tout à fait. Après de beaux portraits de mères, elle brosse ici ceux tout aussi sensibles de pères. Et affirme, quand on l’interroge sur ses projets de cinéma, (voir interview sur WebRadioZibeline), qu’elle n’en a pas encore fini avec la famille. Tant mieux pour nous.

ELISE PADOVANI
Juillet 2017

Photographie : Ôtez-moi d’un doute © SND

Sur les écrans à partir du mercredi 6 septembre.


Alhambra
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13016 Marseille
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