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Vu par Zibeline

Luc Doerflinger met le dessin en scène à Istres jusqu'au 21 juillet

Oniriques

• 2 mars 2017⇒21 juillet 2017 •
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Luc Doerflinger met le dessin en scène à Istres jusqu'au 21 juillet - Zibeline

A Istres, poursuivant la programmation autour du dessin, Luc Doerflinger met celui-ci en scène. Magie, fantasmagories, prestidigitation, anachronismes, cygnes blancs ou noirs habitent les espaces métamorphosés du Centre d’art contemporain.

Il a créé un mot-valise comme un sésame vers des mondes oniriques. Pour Luc Doerflinger « Animanichéens », qui donne son titre à l’exposition, c’est « la combinaison d’« anima », le souffle de vie et l’élément féminin au sein de l’imaginaire de l’homme, et « manichéen » pour donner le ton au parcours scénographié avec une articulation du sombre et de la clarté opposant bien et mal, expression de toute dualité ».

Pour Istres, l’artiste a structuré son projet entre des salles avec une présentation sur le mode musée/galerie, exposant des travaux réalisés avec des techniques traditionnelles – fusain, pierre noire, aquarelle, gravure… – et d’autres transfigurés par des scénographies théâtralisées. Ce sont ces dernières qui retiennent particulièrement l’attention. Enseignant la gravure, Luc Doerflinger est aussi scénographe, et c’est donc avec un sens consommé de la mise en scène qu’il nous plonge dans des univers de visions fugaces, corps lévitant comme par magie, submergés d’éclats lumineux, lucioles éphémères multilipées par des boules réfléchissantes posées au sol, glissant tour à tour de la clarté à l’obscur. Ces jeux d’apparitions entre ombre et lumière défont l’espace cubique blanc habituel pour provoquer notre perte de repères spatiaux, brouillant visuel et temporel, comme dans ces anciens jeux forains où l’on se plaisait à se perdre en tâtonnant à l’aveugle. Dans une autre salle, un dispositif programmé combine de longues bandes verticales de papier évoquant de jeunes personnes, rétroéclairées par des guirlandes lumineuses, complétées par un mur sonore – de petits haut-parleurs dispersés dont les récits chuchotés étaient malheureusement difficiles à percevoir. Par leurs incursions dans le merveilleux où se glisse Alice ou La Belle endormie, de la prestidigitation, des figures évanescentes d’enfants, d’animaux, de cygnes blanc ou noir, parfois en négatif comme des photos anciennes, les narrations affabulées de Luc Doerflinger effleurent des mondes où les corps peuvent se décharger de leur substance naturelle pour laisser le récit en suspend. Aussi se plaît-on à éprouver ces espaces immersifs davantage que face à un accrochage traditionnel, afin de nous égarer volontiers aux confins du dessin.

CLAUDE LORIN
Avril 2017

Animanichéens
jusqu’au 21 juillet
Centre d’art contemporain intercommunal, Istres
04 42 55 17 10
ouestprovence.fr

Photo : Animanichéens, vue partielle, Centre d’art contemporain, Istres 2017. Crédit photo: Luc Doerflinger