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Vu par Zibeline

Carmina Burana en couleurs et acrobaties à La Tour d'Aigues grâce au Festival Durance Luberon

Oh Oh Oh Totus floreo

Carmina Burana en couleurs et acrobaties à La Tour d'Aigues grâce au Festival Durance Luberon - Zibeline

Fidèle, le Festival Durance Luberon invitait pour ses vingt ans un musicien d’exception, le chef Jan Heiting et son bel ensemble Ad fontes canticorum (aux sources du chant), pour une reprise ou plutôt une recréation des Carmina Burana de Carl Orff, qui avaient enchanté le public en 2011 au château de La Tour d’Aigues, dans la mise en scène du regretté André Lévêque. Gageure pour les interprètes et le nouveau metteur en scène, Stéphane Girard, que d’égaler, dans le même cadre, la somptueuse et bouleversante version précédente ! Dans une autre tonalité, avec le même dynamisme, la version 2017 fut elle aussi mémorable. Entrée sombre des personnages figures d’ombres errantes, sur « les blessures de la Fortune », qui à l’instar de « la lune, croît et décroît »… le chœur évolue, expressif, se dépouille de ses habits tristes, appelle le printemps, par ses couleurs vives. Symbole terriblement actuel que la masse des vêtements amoncelés, écume grise qui n’est pas sans rappeler les tragédies passées et actuelles… auxquelles répond un appel vibrant à la vie, l’amour, la joie. Thèmes antiques et bibliques se croisent, Vénus, Cupidon et l’écho du Cantique des Cantiques du roi Salomon, mais aussi le sens de la farce et des joyeuses agapes du Moyen-Âge, dans l’ivresse inextinguible de la Taverne ! Les protagonistes puisent sans fin dans une vasque de quoi « étancher une soif sans fond »… Joutes espiègles entre filles et garçons, affrontements allègres et réjouissants avant l’affirmation d’une entente heureuse. La roue de la Fortune tourne, comme le cycle des saisons, carte maîtresse du Tarot, qui ramène le printemps… Est-il besoin de souligner l’excellence du chœur sans partition, dont les pupitres se mêlent, au gré des mouvements de foule,  savent, avec une impeccable justesse rendre les diverses couleurs de la pièce, soutenus par le magnifique ensemble de percussions de Gisèle David et les deux pianos de Bérénice Chastel et Anne Guidi. La beauté des voix se mêlait avec aisance à celles  du baryton Norbert Dol (souverain même à califourchon sur l’embrasure d’une fenêtre haut perchée !), graves superbes, tessiture large, variations subtiles, ainsi que celles de la soprano Cécile Limal, tandis que le ténor Mathias Manya devait lancer son chant depuis le sommet du mur de scène, retenu simplement par un harnais. Acrobatique ! Car l’originalité de la représentation, outre celle de ne pas avoir un chœur statique, mais une véritable mise en espace, un traitement intelligent des textes et de la musique, résidait dans l’intrusion de la Compagnie Gratte Ciel et de ses numéros aériens au cœur du spectacle. L’un descend une façade en marchant, l’autre semble débouler du ciel dans de longs voiles rouges, l’autre encore se livre à un numéro espiègle de vélo en respectant la mesure, l’autre encore jongle dans l’antre de la Taverne…

Carmina Burana La Tour d'Aigues La Taverne. 1

On aurait presque souhaité davantage de folie dans ces courts numéros, de verve débridée, à l’image de celle des musiciens. Car l’œuvre de Carl Orff devient celle de tous, emplit les gradins : le public a été convié par Jan Heiting à répéter un petit passage « Oh oh oh ! Totus floreo… », dont les paroles et les notes ont été communiquées avec le programme remarquablement construit (et qui a la courtoisie de donner la traduction intégrale des poèmes). L’extrait sera bissé et l’on s’applique ! Délicate attention des bénévoles d’une exquise prévenance qui forment une haie d’adieu à la sortie… Certains chantonnent encore, « Totus floreo »… La magie a opéré et a rendu sa complexe beauté, sa légèreté, son allant, ses tristesses, ses joies, à l’œuvre de Carl Orff, si péniblement lourde dans les interprétations « traditionnelles » !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2017

Spectacle donné les 25 et 26 août 2017 au Château de La Tour d’Aigues dans le cadre du Festival Durance Luberon

Photographie © MC