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Vu par Zibeline

Le Crime des anges, premier long métrage de Bania Medjbar, à l'affiche le 14 février

Ni Ange ni Bête

• 14 février 2018 •
Le Crime des anges, premier long métrage de Bania Medjbar, à l'affiche le 14 février - Zibeline

Si mort d’homme(s), kalachnikovs et dope il y a, le premier long-métrage de Bania Medjbar, Le Crime des anges, malgré ce titre en blanc et noir n’est pas un polar. Pas seulement, en tout cas. L’expression empruntée à Fernando Pessoa qui affirme que le crime des anges consiste à avoir désiré un Ciel meilleur, évoque ici, entre autres, celui des jeunes de la Busserine. Cette cité marseillaise du 14è arrondissement qui alimente la presse nationale de faits divers violents générés par la guerre de la drogue. «Une fabrique de monstres», où pourtant on aime ses enfants, sa famille, ses copains, où les mères pleurent leurs fils morts trop jeunes, trop stupidement, dans des règlements de comptes, où on cancane, où on se fait des crasses, où on s’entraide, où on rit, rêve…Bref, où on vit sous ces cieux peu propices et, via les statistiques du chômage, sous des augures sociaux peu encourageants. La réalisatrice vient de là. Elle a eu, dit-elle la chance de sortir de la «Grotte de Platon» pour accéder à la culture grâce à la politique des années 80 et son cinéma bien plus que simple témoignage social, revient à ces cités populaires, pour porter sur ce microcosme qu’elle saisit dans sa complexité un regard bienveillant mais sans angélisme.

Le film commence dans une décharge à ciel ouvert, montagne multicolore de détritus où palpitent les sacs plastiques déchirés et sur laquelle des nuées de gabians crieurs tournent. La scène pose d’emblée l’opposition entre Nono qui accepte d’être exploité par un patron peu scrupuleux en gardant profil bas, et Akim qui refuse viscéralement l’injustice. Akim et sa bande de pieds nickelés préfèrent zoner, désœuvrés. Ils sont sympathiques mais ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. L’arnaque à la subvention loufoque qu’ils montent est vouée à l’échec. Trop tendres pour jouer les durs, ils passent rapidement d’arnaqueurs à arnaqués. On en rirait presque si l’engrenage de la dette ne conduisait irrémédiablement à la catastrophe dans un déterminisme fatal. Le diable brûle les ailes des Anges. La petite délinquance côtoie la grande et la frontière est vite franchie ! Bania Medjbar qui est aussi une excellente directrice de casting, aime ses personnages, les construit avec précision dans leurs contradictions, leurs tâtonnements, leurs attitudes corporelles, leur langage, leurs relations aux autres. Tout est juste !  Elle sait diriger ceux qui les incarnent, professionnels ou non. Comme tous les autres, Akim interprété par Youcef Aghal, un gars de La Busserine, dont c’est le vrai premier rôle, est bouleversant. Homme-ado vulnérable, menteur, macho, gâté par une mère veuve, en deuil de son aîné et qui veut lui faire épouser à tout prix une fille du bled. Akim, amoureux d’une «Française», déjà mère -et blonde!  Akim protégé par sa grande sœur devenue assistante sociale, jeune femme «intégrée» opérant le grand écart entre les valeurs familiales rétrogrades, les lois du quartier et la vie qu’elle s’est choisie. Akim enfin, qui aime tant les oiseaux et deviendra le temps d’un plan en clair obscur, ses yeux si intensément bleus, levés vers un ciel absent, peut-être un Saint martyr d’une liberté qu’on assassine. Ni le ciel ni la mer d’ailleurs n’offriront d’échappatoire quand le piège se refermera. Et la mise en scène de la géographie de la Ville, de la Cité des Quartiers Nord qu’on ne quitte guère au Centre ville, entre appel d’air et étouffement, épouse avec une grande maîtrise, la trajectoire tragique du protagoniste.

Le film de Bania s’est élaboré dans les difficultés inhérentes à un travail indépendant au budget limité, qui ne répond pas forcément à tous les critères du système. Malgré le coup de pouce de la Région de 7000€, la réalisatrice a dû recourir à un crowdfunding  pour en finaliser la post production. Film guérilla par la force des choses, Le Crime des anges dont la musique originale est signée Imhotep, en garde dans son ADN, la liberté et l’énergie.

ELISE PADOVANI
Janvier 2018

Sortie nationale : 14 février 2018
Séance spéciale au cinéma Les Variétés le 23 février à 20h30 en présence de l’équipe du film

Photo© Copyright Les films du goeland


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