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Le poète Christian Prigent livre son cinéma intérieur dans un ouvrage humble et excitant

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Le poète Christian Prigent livre son cinéma intérieur dans un ouvrage humble et excitant - Zibeline

Dans les années 70, le lecteur gourmand de toujours plus avait les merveilleux Sentiers de la Création chez Skira à se mettre sous la dent ; plus modestement la collection Préoccupations des Editions de l’Ollave propose une série de petits ouvrages de belle facture qui questionnent la création de l’intérieur d’une œuvre ; le poète Christian Prigent, dont l’actualité éditoriale est permanente (voir Chino aime le Sport paru récemment chez P.O.L) a confié à Jean de Breyne son carnet de bord ou plutôt ses «notes de régie» roulant de janvier 2001 à juin 2009, making-of jubilatoire de successivement Grand-mère Quéquette, Demain je meurs, Météo des plages, trois ouvrages malaxant la matière autobiographique et la quête au présent du renouvellement permanent de la langue . «J’écris pour me donner cette sensation de fraîcheur, sinon à quoi bon ?» Rien de meilleur à partager et le lecteur savoure en effet le matériau brut, les respirations prises, reprises, les grandes déclarations suivies de leur remise en jeu dans un mouvement permanent qui est véritablement une « action » poétique. Christian Prigent en régisseur absolu de ses textes bobine, trafique, tâtonne ou plutôt tâte et soupèse, dessine ses plans et figures dans une économie qui est bien plus qu’une cuisine interne, plutôt une scénographie du rythme où est appréhendé à même hauteur d’intérêt ce qui résiste, ce qui obsède comme ce qui coule de source ; dans cette petite fabrique de la forme se trouve déjà à l’œuvre la langue trou(v)ée du poète dans son approche de l’impossible à dire «l’affrontement catastrophique à l’innommable» et du «où qu’il est moi ?». Outil précieux pour tout lecteur sensible à la matérialité de l’écriture en prise directe avec le Réel, ce tourbillonnant CA TOURNE brasse la polyphonie discordante du monde. «A quoi bon des poètes ?» s’interrogeait naguère notre poète. La réponse est dans l’escalier et ce petit volume de moins de 100 pages nous en entrebâille la porte.

MARIE JO DHO
Octobre 2017

Christian Prigent
Ça tourne, notes de régie
Collection Préoccupations / L’Ollave 14€