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L'Orient est rouge de Leïla Sebbar, une approche sensible et lucide des tragédies contemporaines

Mirages de l’Orient

L'Orient est rouge de Leïla Sebbar, une approche sensible et lucide des tragédies contemporaines - Zibeline

Ne pas s’y méprendre, L’orient est rouge de Leïla Sebbar malgré son homonymie n’a rien à voir avec l’hymne de la République Populaire de Chine durant la période de la Révolution Culturelle… et pourtant, il s’agit bien de l’observation lucide et poétique d’une mutation, de la volonté d’héroïsation de jeunes gens, intelligents cultivés, qui, pour des raisons échappant au rationnel, vont se transformer en passionarias, martyrs illuminés, happés par une idée de la transcendance qui bouleverse tout et les conduit à l’autodestruction et à la destruction de ce qui les entoure. En douze courtes nouvelles, Leïla Sebbar approche l’indicible, avec la distanciation du conte, ou de l’épopée (douze nouvelles, douze chants, à l’instar de l’Énéide), dans un style en épure, qui suggère, plus qu’il n’affirme, laisse percevoir dans les interstices de l’informulé la violence des drames intérieurs. La cruauté, insupportable, ne peut être traduite que par la distanciation poétique, phrases brèves, lapidaires, où chaque mot devient le réceptacle d’une réalité agissante. Le ton des textes sacrés contamine les manières d’envisager le monde, de se percevoir. La beauté des femmes est célébrée comme dans le Cantique des Cantiques du roi Salomon pour la reine de Saba. Les élans juvéniles, la quête d’idéal, le désir d’absolu des Antigone contemporaines, nourrissent avec passion le chemin vers l’horreur, la tuerie, la perte de soi. Le vertige des paroles nie le sordide, la mort même, glorifiée, ennoblie, par le sacrifice est appréhendée comme une projection littéraire. L’atrocité rattrape les rêves : exploitation, bombardements, viols… Qu’est devenue la fascination de l’Orient ? Celle des peintres, des poètes, des aventuriers, exaltés par un autre mode de vie, la douceur, le chatoiement des étoffes et des pensées… Orient aimé, source d’histoires, de songes, de vie… noms aux consonances de contes… « Femmes aux yeux bleus » de l’antique et sublime Palmyre. Leïla Sebbar nous conduit avec subtilité d’Occident en Orient avec une tendresse infinie pour ses personnages. Un recueil au tissage subtil à savourer et méditer.

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2017

L’Orient est rouge, Leïla Sebbar, éditions elyzad, 15.70€