Henri Cartier-Bresson et Mathieu Pernot exposés à Toulon

Les yeux dans les yeux

• 24 juin 2017⇒1 octobre 2017 •
Henri Cartier-Bresson et Mathieu Pernot exposés à Toulon - Zibeline

A Toulon, l’Hôtel des arts et la Maison de la photographie présentent deux facettes du portrait photographique : selon Mathieu Pernot, qui documente depuis vingt ans la tragédie des communautés tsiganes à travers « des fragments d’histoire et des éclats du réel », et selon Henri Cartier-Bresson qui a fait entrer dans l’Histoire l’image de figures emblématiques du XXe siècle. Deux manières distinctes de poser son regard sur l’autre, mais le même enjeu de figer les êtres -inconnus et célébrités- dans l’inconscient collectif. L’intérêt de voir successivement les deux expositions est, justement, de confronter les deux pratiques. Dans Survivances, Mathieu Pernot place le visiteur dans le vif du sujet dès le hall d’accueil avec l’installation Le Dortoir et ne le lâche plus jusqu’aux portraits familiaux de 1998, Romania, et aux ensembles de Photomatons exposés ensemble pour la première fois. Un chemin sinueux ponctué d’enregistrements sonores (série Paysages de 1995 réalisée autour du Camp de Saliers), d’archives documentaires (carnets anthropométriques conservés aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône), d’installations (Le mur de Rivesaltes reconstitué par fragments prélevés par Mathieu Pernot pour former un monument à la mémoire des prisonniers) et de vidéos (Le chant de la mère, La Conversation, Le Mariage). Abrupt dans la réalité saillante des conditions de vie des tsiganes et tendre par l’empathie sincère de l’auteur, le long ruban photographique donne à voir une humanité sans fard. Fondateur de Magnum Photos avec Robert Capa en 1947, Henri Cartier-Bresson a côtoyé l’intelligentsia internationale -artistes, intellectuels, hommes politiques et scientifiques- mais également des anonymes dont il tire le portrait avec une égale passion. Celle de capter l’intériorité de l’âme, et une égale quête de vérité. Qu’il pose son appareil dans la demeure italienne de Chirico ou dans les rues de Jakarta, il attend patiemment que la photo s’offre à lui : c’est ainsi qu’il peut saisir le regard tourmenté du jeune Truman Capote et celui embué des prostitués.

La distance salutaire et l’horreur de la pose compassée caractérisent leur œuvre, au-delà de la force du sujet, et l’un comme l’autre racontent le monde. Ses jours heureux et ses tragédies, sa complexité permanente.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Août 2017

Exposition présentée dans le cadre du Grand Arles Express. Mathieu Pernot expose également Les Gorgan à la Maison des peintres à Arles.

Tête à tête, Henri Cartier-Bresson
jusqu’au 17 septembre
Maison de la photographie, Toulon

Survivances, Mathieu Pernot
jusqu’au 1er octobre
Hôtel des arts, Toulon

Photo : Sans titre, série du feu, Arles, 1993 © Mathieu Pernot


Hôtel des Arts
Centre d’Art du Conseil Général du Var
236 boulevard Général Leclerc
83093 Toulon Cedex
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Maison de la Photographie
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