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Un biopic rendant hommage au combat d'une femme ouvre les 19è Rencontres du cinéma Sud-Américain

Le pinceau et le pic à glace

• 17 mars 2017, 17 mars 2017 •
Un biopic rendant hommage au combat d'une femme ouvre les 19è Rencontres du cinéma Sud-Américain - Zibeline

Entrée en force pour les 19è Rencontres du Cinéma Sud-Américain qui se sont ouvertes le 17 mars au Cinéma Le Gyptis par le film de Roberto Berliner, en compétition pour le Colibri d’or : Nise, O coração da loucoura ( Nise, au coeur de la folie). Une histoire vraie, hommage à une grande dame de la psychiatrie brésilienne, qui commence devant un mur d’acier aveugle. On voit une femme de dos, frappant à la porte dotée d’un judas grillagé qui ne s’ouvrira que sous ses coups répétés. On est à Engenho de Dentro, en 1944. Elle, c’est Nise da Silveira, subtilement interprétée par Glória Pires. Elle vient occuper un poste de médecin dans cet hôpital de Rio : le Centre psychiatrique Pedro II. Scène initiale emblématique de la difficulté qu’elle aura à pénétrer dans ce milieu de mâles dominants, imbus de leur «science», jaloux de leur autorité, abusant de leur pouvoir absolu sur des patients désarmés. L’état des lieux se fait brutalement. On entend des cris de douleur. On découvre avec elle les couloirs carcéraux barrés de grilles. On la suit jusque dans une salle de conférence où des médecins vantent les mérites de la lobotomie au pic à glace et pratiquent à titre d’exemple, une séance d’électrochocs sur un homme attaché et baîllonné. Nise refusant ces pratiques, se trouve reléguée dans la section de la thérapie occupationnelle confiée à des infirmiers qui donnent «aux dingos» des tâches domestiques. Un espace plus proche du débarras que de l’espace hospitalier. Peu à peu, elle va imposer sa méthode : observer, écouter, ne pas interférer. Traiter les personnes internées en «clients» à servir et non en patients qui ne feraient que subir la volonté de normalisation d’une autorité. Le petit groupe se constitue : Adelina, l’obèse qui caresse des poupées fragiles, Lucio le violent , le jeune Raphael, Octavian, Fernando, Carlos et surtout Emygdio de Barros qui se révèle un peintre exceptionnel selon un grand critique d’art venu au vernissage de l’exposition organisée à l’hôpital. Avec une équipe réduite, elle va redonner une dignité à ces schizophrènes que ses collègues considèrent comme des déchets irrécupérables, transformer ces zombies martyrisés en êtres capables d’exprimer leurs émotions et leurs souffrances par l’art. Travail de l’inconscient  réorganisation de l’univers mental, émergence des images archétypales chères à Carl Jung dont Nise est la disciple et avec lequel elle entretient une correspondance, bien qu’il soit un tantinet macho, lui aussi.

Le pinceau contre le pic à glace, ce fut le combat médical et politique de la véritable Nise da Silveira, née en 1905 que le réalisateur fait apparaître dans la dernière séquence ainsi que ceux qu’elle a soignés, remarquablement incarnés par des acteurs professionnels. La vieille femme cite Artaud, affirmant qu’il y a 10 000 façons d’appartenir à la vie et de lutter pour son époque. Auparavant, le personnage Emygdio de Barros avait dit à propos de la fenêtre ouverte qu’il venait de peindre sur la toile que toutes les fenêtres finissent par s’ouvrir sur le paysage mais que ça demande du travail. C’est ce travail que décrit le film.

ELISE PADOVANI

Mars 2017

Photo : Nise : O coração da loucura/ Pela Imagem Filmes

Le film sera projeté à nouveau le mardi 21 mars à 16 h au Grand Plateau de La Friche et le samedi 25 mars 17h30 en présence des Philosophes publics.


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