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Un noir sous le soleil, premier long-métrage de Laurent Ferrigno

Le noir lui va si bien

Un noir sous le soleil, premier long-métrage de Laurent Ferrigno - Zibeline

Certains projets, avant qu’ils ne se concrétisent, ne sont souvent que des rêves. Pour Laurent Ferrigno, dont le premier long métrage a été projeté en avant-première le 12 décembre au Ciné 89, à Berre, le rêve est devenu réalité. Un noir sous le soleil a pu voir le jour grâce à un crowdfunding qui a permis son financement et donné à Laurent l’élan qu’il fallait pour lui permettre de mener à bien cette comédie noire très ancrée dans le réel, qu’il filme la plupart du temps, et ce n’est pas innocent, en noir et blanc.

Le ton se veut décalé, mais la réalité est bien celle qui frappe Marseille et les Bouches-du-Rhône avec des crimes de sang odieux, très souvent liés au trafic de drogue. En quatre chapitres le film va lentement remonter les faits, partir de la fin pour raconter l’histoire d’une bande de pieds nickelés qui a décidé de dessouder le parrain local, Tarante… Tandis que Mr Pino, qui lui en veut pour quelques euros perdus au jeu, engage un couple de tueurs à gage inexpérimentés, l’Autre sort de prison plus tôt que prévu, bien décidé à reprendre les rênes des quartiers et dont les deux hommes de mains stupides vont accumuler les bourdes. Sans oublier Sonnie Vega, dealer et fournisseur officiel de Tarante qui n’attend qu’une chose, retourner sa veste… En périphérie de toute cette agitation, l’histoire d’un amour naissant entre Camille, venue passer des vacances chez sa grand-mère, et Toufik, chouffeur qui rêve d’être vendeur, et qui fera les frais de la bêtise ambiante… Si le ton est celui de la comédie, c’est pour appuyer la dénonciation de ces situations effrayantes de bêtise et de violence, très réelles hélas, que Laurent Ferrigno, berratin de naissance, met en scène dans une ville qu’il aime et qu’il magnifie par des images qui appuient souvent un décalage salvateur par rapport au récit ; ce sont celles notamment des rives de l’Étang, qui ponctuent et annoncent les chapitres, une douce et belle quiétude bien vite détrompée ! Il met aussi en scène une équipe de solides comédiens, professionnels mais pas que (tous excellents, avec une mention spéciale à Philippe Troisi qui campe Tarante avec un naturel confondant), une bande de copains qui portent à merveille les dialogues crus comme le flingue, pour lesquels il favorise parfois des gros plans saisissants. Ces cadrages resserrés intensifient certaines situations, accompagnés de la musique puissante, enivrante parfois, de Philippe Troisi. Entre dettes d’honneur et dettes de jeu, nostalgie de la disparition des codes d’antan et des «valeurs» qui vont avec, ça dézingue à tout va, et l’on s’amuse de découvrir ici ou là des références cinématographiques, maîtrisées, à Tarantino, Melville, ou encore Capra dont il s’est ingénié à recréer une des scènes de New York-Miami plan par plan…

Il ne reste plus qu’à attendre qu’Un noir sous le soleil soit amplement programmé dans les salles de cinéma, qu’il poursuive tout simplement sa belle aventure.

DOMINIQUE MARÇON
Décembre 2015

Un noir sous le soleil a été projeté en avant-première le 12 décembre au Ciné 89 à Berre l’Étang

Photo : Un noir au soleil, film de Laurent Ferrigno. Philippe Troisi et Antonio Valdés -c- X-D.R


Ciné 89
4 Cours Mirabeau
13130 Berre-l’Étang
0 892 68 69 26
http://www.cine89.fr/