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Les mensonges de la mer de Kaho Nashiki : une ode à la nature, à la vie insulaire et à la mémoire japonaise

Le Japon traditionnel et éternel

Les mensonges de la mer de Kaho Nashiki : une ode à la nature, à la vie insulaire et à la mémoire japonaise - Zibeline

 

Osojima est une petite île isolée située au Sud de Kyūshū, l’une des principales îles de l’archipel japonais. Au premier regard, l’endroit apparaît peu accueillant, puisque sans infrastructure, ni équipement, ses habitants vivent en vase clos au sein de villages au confort rudimentaire. Mais au fil de la lecture, on découvre un lieu préservé où les hommes cohabitent en parfaite harmonie avec une flore luxuriante et une faune diversifiée. Rares ailleurs, saros, chèvres sauvages, poissons volants, lions de mer et papillons y ont élu domicile.

Osojima est un personnage à part entière de ce livre, et pour l’explorer, nous suivons un chercheur en géographie humaine l’arpentant dans ses moindres recoins. À travers ses yeux on retrouve la curiosité de l’enfance pour les légendes, les esprits, les mirages et le sens des mots.

L’histoire qui nous est racontée ici permet d’entrevoir la culture japonaise. Le début du livre est austère, avec un style rappelant les notices d’un herbier ou d’un bestiaire. Toute la poésie et la sensibilité de l’écrivaine apparaissent finalement dans une ode à la nature, à la vie insulaire, à la mémoire, où la spiritualité tient une place prégnante.

Dans une seconde partie qui nous propulse cinquante ans plus tard, le chercheur retourne sur l’île, qui en train de devenir un complexe touristique. Construction d’une route et d’un pont reliant Osojima à Kyūshū, creusement de la montagne et comblement des chemins, disparition d’espèces et de variétés de fleurs : les lieux sont défigurés et à jamais transformés. Alors, comme le héros, on comprend que la permanence des choses et des êtres n’existe pas et on se sent un peu perdu dans cette société avançant à marche forcée vers ce qu’elle croit être la modernité.

FAUSTINE AUPAIX
Juillet 2017

Les mensonges de la mer, Kaho Nashiki, traduit du japonais par Corinne Quentin
Éditions Philippe Picquier, 19,50 euros.