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Vu par Zibeline

Paris pieds nus, vrai film burlesque d’Abel & Gordon

Le hasard et la nécessité

Paris pieds nus, vrai film burlesque d’Abel & Gordon - Zibeline

Les films burlesques sont rares aujourd’hui sur nos écrans. Les vrais, s’entend ! Ceux qui mettent en scène la maladresse virtuose du corps en butte avec les objets ou la simple loi de la pesanteur. Ceux qui semblent passer du coq à l’âne, laisser faire le hasard mais enchaînent les gags avec une précision toute horlogère obéissant à la nécessité des rouages narratifs.

Paris pieds nus, le dernier film d’Abel & Gordon est une de ces raretés-là. Le sujet en est ténu : Fiona, bibliothécaire dans un improbable village canadien de carte postale, reçoit une lettre de détresse de sa tante Martha partie jadis à Paris. Aussitôt Fiona, sac à dos rouge, surmonté du petit drapeau à feuille d’érable, part à son secours et bientôt à sa recherche car Martha, interprétée par l’espiègle Emmanuelle Riva dont c’est ici le dernier rôle, a disparu, fuyant une Mme Gentil qui veut la placer dans une maison de retraite. La grande rousse dégingandée, au pull vert pomme et aux grosses baskets, paumée dans la Capitale, rencontrera Dom (Abel), un clochard dormant sous une tente près du Pont de Grenelle dans l’île aux Cygnes. Le luxe ! Vue sur la tour la Tour Eiffel et proximité de la réplique de la Statue de la Liberté. Liberté que le film revendique non seulement par son titre -aller pieds nus c’est échapper au carcan des chaussures-, mais aussi par son ode au vagabondage dans un Paris iconique. Non seulement par le choix de la mobilité et de la légèreté offertes par un tournage en numérique, mais aussi par une écriture qui file, surfile et brode le scénario. On suit successivement Fiona, Dom et Martha. Petits retours en arrière à chaque fois. Les itinéraires se superposent, se croisent, s’éclairent. Les objets transitent d’une main à l’autre, d’une séquence à l’autre au fil de la Seine par un hasard nécessaire. On reconnaît çà et là un hommage aux maîtres du cinéma burlesque : Fiona suspendue à une échelle déboulonnée au haut de la Tour Eiffel comme Keaton à l’aiguille de l’horloge, Dom au restaurant comme tant de fois Charlot, ou encore Martha et son ancien amour, Norman, interprété par Pierre Richard, qui dansent assis sur un banc, leurs vieux pieds filmés en gros plan comme les petits pains de La Ruée vers l’or. On perçoit même un clin d’œil à un des courts métrages d’Abel et Gordon, Walking on the wild side, dans le pliage d’un drap comme parade amoureuse. Car de l’amour, il y en a, présent, passé, futur. Le vieux couple Martha-Norman fait écho à celui tout neuf de Fiona et de Dom, aussi décalé, aussi subversif dans sa poésie.

ÉLISE PADOVANI
Mars 2017

Le film a été présenté en avant-première au cinéma Les Variétés, Marseille, le 5 mars en prélude aux Rencontres du Cinéma européen organisées par Cinépage.

Sortie nationale le 8 mars

Photo : Paris pieds nus, d’Abel & Gordon c Potemkine Films


Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
08 92 68 05 97
http://www.cinemetroart.com/