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Vu par Zibeline

Meursault contre enquête de Kamel Daoud mis en théâtre par Philippe Berling

Le frère de «l’Arabe»

• 18 novembre 2017, 25 juillet 2015, 29 septembre 2015, 1 octobre 2015⇒7 octobre 2015, 19 novembre 2015, 21 novembre 2015, 21 janvier 2016⇒22 janvier 2016 •
Meursault contre enquête de Kamel Daoud mis en théâtre par Philippe Berling - Zibeline

Philippe Berling a adapté pour la scène le roman de Kamel Daoud, Meursault contre enquête. Adaptation délicate à plusieurs titres : le roman est un cri, un monologue déchirant prononcé par un vieil homme déchiré : Haroun, frère (fantasmé ?) de Moussa, «L ‘Arabe» sans nom tué par Meursault dans L’Etranger de Camus. L’adaptation pose le problème formel de l’adresse théâtrale : dans le roman Haroun attablé dans un bar se confie à des voisins de hasard, parle de sa mère, et d’un personnage de roman qu’il prétend vrai ; sur scène la mère est là, et ce personnage dur et injuste, raviné par la guerre et le déni, préférant le fils mort au fils vivant, est représenté étrangement par une chanteuse italienne (Anna Andreotti) psalmodiant continuellement, effrayée et peu tyrannique… La vision du personnage est discutable, d’autant que le comédien en charge du rôle écrasant de Haroun lui adresse des paroles qui ne la concernent pas directement, et la poursuit comme s’il voulait une réponse. Beaucoup plus juste lorsqu’il est seul en scène, Ahmed Benaïssa est visiblement gêné par cette adresse irrésolue.
Mais l’adaptation de Meursault contre-enquête est également délicate par ses enjeux politiques et symboliques. Meursault représente dans L’Etranger le petit français écrasé par l’Absurde, et l’aveuglement colonial, incapable de concevoir «L’Arabe» comme un autre lui-même, et susceptible de tuer en un geste inconscient de déni de réalité. Parce que sa mère est morte, sans doute. Ce lien mère-fils qui symbolise aussi le lien au pays, Kamel Daoud s’en est emparé en montrant comment l’Algérie indépendante est devenue une autre marâtre pour ses fils : Haroun tue un Français pour faire comme Meursault et venger son frère, mais lui demeure impuni, victime de l’amnistie/amnésie algérienne, échappant à la justice mais incapable d’accéder à la révolte camusienne : pour toujours irréconcilié. Comme l'(anti)-héros de Camus il pousse un long cri contre la religion et ses imams, ce qui a d’ailleurs valu une fatwa à Kamel Daoud. Mais sa révolte ne trouve aucun écho dans la réalité algérienne.
Ce qui est remarquable donc dans le roman de Daoud, c’est son intertextualité, le dialogue permanent qu’il instaure avec Camus reprenant jusqu’à la structure de L’Etranger (et sa langue !) tout en portant un regard plus que critique sur sa vision de l’Algérie coloniale. C’est aussi sa métaphore, qui n’est jamais une simple allégorie, mais où on voit clairement que la mère est, comme pour Camus, une représentation de l’Algérie, et que ses manques, ou sa disparition, laissent ses enfants désemparés.
Philippe Berling sait faire entendre cela, et projette sur les murs d’un décor très illustratif les images mentales et historiques qui envahissent l’esprit d’Haroun. Pourtant il y ajoute une dimension intime et personnelle qui brouille un peu les pistes, déplaçant la scène publique du roman, situé sur une place, vers une cour intérieure familiale. On sait, parce que son frère star l’a révélé dans une biographie intitulée justement «Aujourd’hui maman est morte», première phrase de L’Etranger, que les Berling sont les petits-fils d’un «Arabe», et que leur mère ne l’a jamais assumé. Meursaults, au pluriel, dit aussi cette appartenance-là. Et le poids d’un frère qui rend publics les secrets de famille ? Et qui aujourd’hui reprend sans lui, et avec Pascale Boeglin, la direction du Théâtre de Toulon, qu’ils avaient construit ensemble, et pour lequel il avait dissout sa compagnie ? Une condition pour que leur (Théâtre) Liberté devienne scène nationale, dit Charles. Là encore, le double sens des mots est frappant.

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2015

Meursaults se joue jusqu’au 25 juillet à 15h au Théâtre Benoit XII (Festival d’Avignon)

le 29 sept
La Garance, scène nationale de Cavaillon

Du 1er au 17 oct
Théâtre Liberté, Toulon

Le 19 nov
Théâtre en Dracénie, Draguignan

Le 21 nov
La Croisée des Arts
Saint Maximin

Les 21 et 22 janv
Le Camp des Milles, Aix

du 2 au 6 fév
Les Bernardines, Marseille

image: Meursault-c-Christophe-Raynaud-de-Lage-2.jpg


Festival d’Avignon
Cloître St-Louis
20 rue du Portail Boquier
84000 Avignon
04 90 27 66 50
http://www.festival-avignon.com/


La Croisée des arts
Pôle Culturel Provence Verte
Place Malherbe
83470 Saint-Maximin la Sainte-Baume
04 94 86 18 90
www.var.fr


Théâtre des Bernardines
17 Boulevard Garibaldi
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/


Théâtre Liberté
Grand Hôtel
Place de la Liberté
83000 Toulon
04 98 00 56 76
www.theatre-liberte.fr


Théâtres en Dracénie
Boulevard Georges Clémenceau
83300 Draguignan
04 94 50 59 59
www.theatresendracenie.com