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L’Autre rive, roman foisonnant de Georges-Olivier Châteaureynaud, aux éditions Zulma

L’Autre Rive / L’Autre Rêve

L’Autre rive, roman foisonnant de Georges-Olivier Châteaureynaud, aux éditions Zulma - Zibeline

Lorsque l’on débarque dans l’univers du roman foisonnant de Georges-Olivier Châteaureynaud L’Autre Rive, réédité chez Zulma pour les 10 ans de l’ouvrage, l’œil a d’abord du mal à se faire aux lieux, à la fois réalistes et insolites, ainsi qu’aux personnages inquiétants, monstrueux, autant attachants qu’effrayants. La fascination opère cependant rapidement.

Une fois le regard acclimaté aux eaux troubles de cette ville autarcique au nom programmatique d’Ecorcheville, une fois pris par ce tourbillon d’êtres aussi fantastiques que gorgés d’une vision oblique, fantaisiste de notre monde, alors la lecture devient goulue et curieuse. Toujours. La poésie des relations, le caractère haut en couleur des habitants de cette ville, la surprise mêlée d’amusement face aux frasques de chaque créature présentée tient en haleine et l’on en viendrait à rêver d’aller sur les rives de ce Styx, fleuve magique clôturant la ville, miroir tendu, vitreux, piqué, de notre pauvre monde.

La puissance imaginative de l’écrivain, récompensé en 2009 par le Grand prix de l’Imaginaire, se déplie en cascade de rencontres et de situations surprenantes autour du héros adolescent, Benoît Brisé, en quête de ses origines, et du sens à donner à sa présence dans cet univers. Entre roman de formation, roman des origines et vaste parabole sur les étrangetés humaines, L’Autre Rive parvient, dans un style ciselé et une prose ample, à tenir ensemble l’humour : le bas, le vulgaire et le raffiné. Glissant de songe en songe, de curiosité en curiosité, le grand cabinet de l’écrivain déplie nos questions : des plus informulées aux plus universelles. La beauté des fantasmagories envoûte et les espécimens (à découvrir dans un des musées mystérieux d’Ecorcheville ) renvoient aux mythes homériques et en créent de nouveaux (comme Ménélos, cet acrobate volant).

Les détours de la fable sont d’abord savoureux et croustillants. Ils puisent ensuite dans cette capacité fabuleuse à renouveler notre regard sur le monde et sur nous-mêmes. Le culte de la bizarrerie et l’esthétique du laid, prôné par les modernistes, tout comme la présence de personnages marginaux charment et interrogent le lecteur. Et si l’autre rive était celle sur laquelle nous sommes : celle d’où viennent les monstres les plus fascinants car les plus incompréhensibles ?

DELPHINE DIEU
Novembre 2017

L’Autre rive Georges-Olivier Châteaureynaud
Éditions Zulma, 9,95 €