Vu par Zibeline

Au Seuil, Hervé Kempf dénonce le progrès comme une idée morte

L’Apocalypse est de retour

Au Seuil, Hervé Kempf dénonce le progrès comme une idée morte - Zibeline

Malgré un sous-titre un rien pompeux –12 leçons pour éviter la catastrophe– le livre d’Hervé Kempf publié au Seuil est un bon condensé de ce qui taraude notre moderne humanité. Tout est prêt pour que tout empire, certes, et le journaliste fondateur de l’indispensable site d’informations environnementales Reporterre revient avec clarté sur les racines du désordre.

En remontant quelques décennies en arrière, il analyse la façon dont les phénomènes climatiques et le terrorisme sont liés au capitalisme, leur articulation conduisant à « un état de guerre civile mondiale ». Son constat : plus rien ne s’oppose sérieusement à l’idéologie néo-libérale en ce monde, depuis la dissolution du communisme. « Aussi dévoyé et despotique ait-il été », il « obligeait encore les gouvernements des pays capitalistes à faire des concessions aux classes populaires afin de les empêcher de céder à ses sirènes ». Le résultat est un envol des inégalités sans précédents, entre pays pauvres et pays riches, mais aussi au sein de chaque société, en Occident comme ailleurs. Le réchauffement climatique, la pollution et la chute de la biodiversité, dont les politiques tardent à prendre la réelle mesure, fragilisent encore les plus démunis ; pourtant le culte de la croissance perdure.

Hervé Kempf dénonce le progrès comme une idée morte, le développement durable comme un outil idéologique destiné à ne rien changer au modèle économique tout en prétendant intégrer la contrainte environnementale, et qualifie la catastrophe écologique en cours d’Apocalypse sans rédemption. Dans le processus de guerre générale entre les nantis et les autres, les États se contentent d’appliquer les décisions du marché, mettent la focale sur l’identité nationale, et restreignent les libertés individuelles en profitant de l’impact des attentats.

Malgré une montée en puissance des altermondialismes, on est très loin des mesures d’urgence qui seraient nécessaires : changer profondément la culture de la consommation énergétique et matérielle, réduire les inégalités et « sortir les pauvres de la mouise », renforcer l’autonomie des humains face à l’oligarchie qui se « pare du masque de la démocratie pour mieux nous assujettir ».

Les « leçons » de M. Kempf se veulent revigorantes ; elles peinent à soulever l’espoir tant le contexte est effrayant, mais elles ont le mérite de désigner l’ennemi.

GAËLLE CLOAREC
Novembre 2017

Tout est prêt pour que tout empire
Hervé Kempf
Seuil, 15 €