Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Les oeuvres de l’artiste nord-américaine Alice Neel interpellent le regard à la Fondation Van Gogh

La peinture sans fard

• 4 mars 2017⇒17 septembre 2017 •
Les oeuvres de l’artiste nord-américaine Alice Neel interpellent le regard à la Fondation Van Gogh - Zibeline

Alice Neel : peintre de la vie moderne, exposition présentée en parallèle à celle de toiles de Van Gogh issues de la collection Bührle à la Fondation consacrée au peintre constitue la belle découverte d’une artiste nord-américaine méconnue, dont les portraits entrent en résonance avec ceux de Vincent Gogh, mais tout autant ancrés dans la modernité de son siècle.

Certains visiteurs de la fondation éponyme venus pour admirer les Van Gogh de l’exposition Calme et exaltation, Van Gogh dans la collection Bührle nourrissent un sentiment de frustration devant le nombre restreint d’œuvres offertes à leur satisfaction. Les huit tableaux – dont six seulement issus de la collection Bürhle -, bien que de bel intérêt (telles les Branches de marronniers en fleurs) ne justifient pas l’« exaltation » suggérée par le titre de l’exposition. Dans la cour, les sculptures en bronze peint de Rebecca Warren ne semble guère retenir l’attention du passant. Ce sont plutôt les portraits peints par l’artiste nord-américaine Alice Neel, née au siècle dernier, qui interpellent le regard.

En accord avec les bouleversements esthétiques du XXe jusqu’à sa disparition en 1984, Alice Neel a mené sa révolution picturale à travers principalement le genre du portrait, dont témoignent en majeure partie les 70 tableaux de cette rétrospective. Pas d’idéalisation dans l’approche de ses contemporains, mais la crudité de la vie sans affectation, une vision partagée avec Van Gogh comme on peut le percevoir dans sa Tête de paysanne réalisée en 1885. « Elle est du côté de la vraie vie » note Jeremy Lewinson, spécialiste de son œuvre et co-commisssaire de l’exposition. Qu’il s’agisse de ses proches, de personnalités ou des habitants des quartiers où elle vécut à New York, Alice Neel s’attache à une étonnante traduction des corps, des postures, non académiques, des regards, ou des carnations (contaminées comme le décor par le verdaccio, technique traditionnelle italienne pratiquée pour les portraits) ; l’artiste insiste dans un certain degré de vérisme (les dents jaunes de Ginny) et, à bien y regarder, tout particulièrement dans le traitement des mains (elle-même était gauchère), qui n’épargne pas les enfants qui paraissent déjà plus vieux. Elle expose ses nus – privilège jusqu’alors des artistes masculins – dans leur réalité brute, sans fard. Quant au chapon déplumé (nu), abandonné dans l’évier, il n’engage guère aux réjouissances de Thanksgiving malgré les accents Pop art de la toile. L’ordinaire du quotidien traverse The Family (1968), qui rappelle cette photographie d’une jeune famille de Brooklyn prise deux ans avant par Diane Arbus, une autre observatrice de la vie dans la Big Apple. On prolongera le plaisir de la visite avec le copieux catalogue publié pour l’occasion chez Fonds Mercator, et la vidéo réalisée par le petit-fils d’Alice Neel en 2007, où l’on peut voir l’artiste s’exprimer sur son travail et sur l’évolution de la société américaine de son époque.

CLAUDE LORIN
Avril 2017

Alice Neel : peintre de la vie moderne
Calme et exaltation,Van Gogh dans la collection Bührle
jusqu’au 17 septembre
Fondation Van Gogh, Arles

Illustration : Julie enceinte et Algis, 1967. Succession d’Alice Neel. Crédit photo : Malcom Varon, New York


Fondation Vincent Van Gogh
35 ter rue du Docteur Fanton
13200 Arles
04 90 93 08 08
www.fondation-vincentvangogh-arles.org