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Vu par Zibeline

Justine Arnal et Lola B. Deswarte, texte et dessins d’une fantaisie lunaire

La maternitude

Justine Arnal et Lola B. Deswarte, texte et dessins d’une fantaisie lunaire  - Zibeline

Marguerite veut un enfant mais elle n’a pas l’homme susceptible de le lui donner. Obsédée par ce désir, un jour, elle fait la rencontre d’une chimère à trois têtes. Celle-ci la rassure : sa solitude serait plutôt un avantage car « La plupart des malheurs dans l’existence ne sont que les fruits prévisibles de ces étreintes médiocres (…) dont les hommes et les femmes se contentent. » Afin d’être fécondée, elle lui propose de se rendre dans la Forêt Noire qui, selon elle, est un foyer de fertilité. Marguerite suit son conseil et sous le regard complice de la lune, tente des coïts avec des végétaux divers. Après de vaines expériences, une nuit au bord d’un lac, un des étranges poissons sans queue qui l’habitent se fixe entre ses cuisses et lui procure une jouissance extatique. Elle est enfin enceinte.
Avec une langue à la fois poétique et réaliste, la maternité de Marguerite est racontée grâce à une suite de scènes baroques comme celle où elle offre son lait à un faon, deux agneaux, une brebis et un bélier, et aussi à des buses et des perdrix. Non dénué d’humour, ce texte est une critique de la glorification de la maternité, de l’effacement de la femme au profit de la mère. Marguerite nourrit une obsession maternelle et elle emprisonne son enfant dans sa propre névrose. Bien que la chimère la mette en garde : « Ô toi la mangeuse émotionnelle qui espérait sustenter ta fille à toi seule, prends garde à toi » elle restera sourde à ses conseils.
Tout au long de la lecture, on est surpris et charmé par la sensibilité et la fantaisie qui animent l’auteure. Justine Arnal, avec une écriture maîtrisée, fait éclore à chaque page un foisonnement d’images envoûtantes.
Les dessins de Lola B. Deswarte se glissent entre les pages de ce récit. Sans jamais être redondants, des taches orangées et noires traduisent les formes et les déformations des corps de cette étrange histoire.
Depuis 2005, les éditions du Chemin de fer créent des livres qui allient le talent d’un artiste plasticien à celui d’un écrivain. Les auteurs sont souvent connus, voire reconnus. Mais parfois il s’agit de premiers textes avec des écritures audacieuses. C’est le cas de celui de Justine Arnal qui dévoile dans ce livre un univers littéraire original et prometteur.
CAROLINE GÉRARD
AVRIL 2018

Les corps ravis
Justine Arnal & Lola B. Deswarte
Éditions du Chemin de fer 12,50 €