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Une belle Traviata clôt la saison lyrique de l’Opéra de Marseille

La Markova : naissance d’une diva ?

• 17 juin 2014 •
Une belle Traviata clôt la saison lyrique de l’Opéra de Marseille - Zibeline

Aux premiers mots chantés par Zuzana Markova, on perçoit une belle clarté de timbre, on respire au rythme de son souffle belcantiste, long, lui permettant d’attaquer, de conduire ses phrases avec souplesse, une palette fine de nuances et une vraie musicalité. Dans Violetta, elle est belle la soprano, élancée et fragile, élégante… émouvante… dans ses doutes, ses élans en vocalises fulgurantes ou son contre-mi bémol tombant du ciel à l’unisson avec le rideau sur l’acte premier… Des déchirements aux renoncements, de l’humiliation à l’agonie, la jeune Tchèque frappe un grand coup pour sa prise de rôle et la première de La Traviata (le 17 juin), ouvrage qui clôt une belle saison marseillaise. L’Orchestre de l’Opéra l’écoute, aux aguets, emmené par une jeune et sensible baguette (Eun Sun Kim), se moule dans sa grâce vocale.

MUSICALITÉ est le maître mot d’une production où l’on recycle, avec pertinence, les décors de L’Héritière de Damase jouée il y a quelques temps sur la Canebière. Renée Auphan transpose, sans que cela heurte, l’action du fils Dumas au 20ème siècle et, si elle ne prend pas le risque de relire l’ouvrage à la lumière de quelque originalité, l’ancienne cantatrice suit à la lettre les intentions d’un livet dont elle connaît tous les détours. Jean-François Lapointe (qui au final assurera sans discontinuer les six représentations quotidiennes du chef-œuvre de Verdi) est dans la veine artistique qui régit le plateau. Son baryton gagne en profondeur avec la maturité ; il chante avec un goût sûr, des aigus toujours aussi flamboyants, et beaucoup de noblesse le rôle du paternel Germont.

Si le ténor Teodor Ilincai possède la jeunesse et le physique de l’emploi pour l’amoureux Alfredo, son timbre très solide souffre, en regard de ses partenaires, d’un style plus heurté. Du coup il perd en émotion ce qu’il gagne en puissance.

Dans une oeuvre qui fait la part belle aux excellents artistes des Chœurs l’Opéra de Marseille, les rôles « secondaires » sont à la fête avec la pulpeuse Sophie Pondjiclis (Flora) ou le jeune baryton Christophe Gay qui, fort d’un timbre d’airain, magnifie le rôle court du Marquis.

La saison prochaine

En 2014-2015, on retrouvera quelques grands opéras du répertoire comme La Gioconda de Ponchielli, L’élixir d’amour de Donizetti, Tosca de Puccini, Le Hollandais volant de Wagner, Falstaff de Verdi, et de belles curiosités avec Les Caprices de Marianne mis en musique par Henri Sauguet ou Moïse et Pharaon de Rossini.

On compte sur le récital que donnera le ténor Juan Diego Flórez pour remplir, dès octobre, la grande salle de l’Opéra et faire vibrer le public, ainsi que sur les brillantes prestations symphoniques de l’Orchestre maison dirigé par Lawrence Foster et la venue d’interprètes prestigieux : le violoncelliste Alexander Knyazev, les pianistes Jean-Efflam Bavouzet, Andrei Korobeinikov, Boris Berzovsky ou la soprano Patrizia Ciofi

JACQUES FRESCHEL
Juillet 2014

Photo : Zuzana Markova & Jean-François Lapointe © Christian Dresse


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