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Retour sur Les Rencontres de la danse, à Châteauvallon

La danse plus forte que les maux

Retour sur Les Rencontres de la danse, à Châteauvallon - Zibeline

Les Rencontres de la danse organisées par Châteauvallon ont permis de croiser public et professionnels autour du travail de quatre compagnies varoises, de trois créations de compagnies nationales et d’une rencontre sur l’échappée belle des danses urbaines. Trois et non quatre, la représentation de Clameurs des arènes de Salia Sanou, prévue le 16 novembre, ayant été annulée pour cause de deuil national. Un temps fort comme une succession d’espaces de réflexion, d’échange et d’émotion qui, s’il existe à Klap Maison pour la danse à Marseille, fait cruellement défaut dans le Var.

Dans un extrait de 20 minutes, Arthur Perole a dévoilé la fin du processus de sa création Scarlett qui a été présentée dans son intégralité les 1er et 2 décembre à Klap. Scarlett ou la mise en lumière par effets de réverbération murale des «caractéristiques» de la Muse, l’inspiratrice des artistes, dansées par une masse compacte qui se délie, se disloque, lentement. Délaissant l’harmonie pour le débordement et l’émergence de quatre singularités. Un travail des corps, dos au public, et de leur double lumineux qui œuvrent en symbiose ou en complémentarité. Moins visuelle et plus conceptuelle, Un certain rythme de Simonne Rizzo a pris une belle ampleur depuis l’ébauche dévoilée au récent Festival Constellations : si la construction de la chorégraphie a acquis une densité supplémentaire, le désir de perfectionnisme et de précision emprisonne l’interprétation dans une rigidité (austérité ?) qui rend difficile l’empathie. Sébastien Ly, autre artiste déjà convié à Constellations, fait bruisser les corps et les mots dans un chuchotement continu. Aux portes de l’oubli est un chant polyphonique à trois danseurs qui donne à entendre les didascalies de la chorégraphie : «Je me rapproche de toi… Mon corps se tend…». Parfois le geste colle aux mots, sans jamais l’illustrer ou le dévoyer, parfois la voix se tend jusqu’au bout des doigts, glisse de l’intérieur vers l’extérieur. L’un et l’autre se libèrent dans une interconnexion permanente. Née seulement huit jours plus tôt, Aux portes de l’oubli est une nouvelle étape très prometteuse d’un travail de longue haleine -cycle de trois ans- sur la mémoire. À suivre à l’automne 2017 au Klap et en février 2018 au CDC Les Hivernales d’Avignon…

À l’instar de l’art contemporain où, depuis Duchamp, ce n’est plus l’œuvre qui fait œuvre mais l’acte ou la pensée créatrice, Nans Martin propose dans D’œil et d’oubli d’habiter l’absence en «artisan de l’ombre et de la lumière». Reliés seulement par le regard, les danseurs jouent en solo leur partition personnelle sur un échiquier imaginaire, se jaugent, s’évitent, s’offrent des pauses silencieuses et immobiles. Prémices d’une création à venir sur «l’immensité et le vide» qui ne demande qu’à s’étoffer et faire palpiter les corps.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Décembre 2015

Au Grand studio/Baou, Aux portes de l’oubli, Cie Kerman (Sébastien Ly) et Scarlett, Cie F (Arthur Perole) ont été présentés le 18 novembre ; Un certain rythme, Cie Ridz (Simonne Rizzo) et D’oeil et d’oubli, Cie Les Laboratoires animés (Nans Martin) ont été programmés le 20 novembre.

Au théâtre couvert, Toi et moi, Cie Chatha (Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou) suivi de Extension, Cie Amala Dianor) le 18 novembre ; Rouge, Cie S’Poart (Mickaël Le Mer) le 20 novembre

Photo : Cie Kerman, Sébastien Ly © Sem Alain


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