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Les Mariées de Taïwan: le troisième tome consacré à la Mémoire des Vietnamiens par Clément Baloup

Jeunes filles à vendre

Les Mariées de Taïwan: le troisième tome consacré à la Mémoire des Vietnamiens par Clément Baloup - Zibeline

Parallèlement à ses nombreux projets et collaborations, à Marseille et ailleurs, Clément Baloup poursuit son travail au service de la mémoire des Vietnamiens contraints de quitter leur terre natale. Ainsi vient de paraître le troisième volet de ses Mémoires de Viet Kieu. Les deux premiers albums, Quitter Saïgon et Little Saïgon, donnaient la parole à ceux que la guerre avait poussés à l’exil. Avec Les Mariées de Taïwan, c’est à une toute autre diaspora que le bédéiste s’intéresse. Un flux migratoire moins connu… mais qui fait froid dans le dos. « Un phénomène qui a commencé à la fin des années 1990, qui n’a cessé de se développer dans les années 2000 et dont le résultat est la présence d’une diaspora vietnamienne composée presque exclusivement de jeunes femmes. » Ces jeunes femmes, qui sont-elles ? Pour la plupart, des filles pauvres qui ont accepté de s’inscrire dans des agences matrimoniales afin d’épouser un mari taïwanais, garantie (croient-elles) d’une vie plus aisée et de revenus substantiels pour leurs familles restées au pays. Pendant tout son séjour à Taïwan, Clément Baloup a donc enquêté, sillonnant l’île, interrogeant journalistes, travailleurs sociaux mais aussi vingt-quatre femmes et même deux hommes. De ce reportage sur un sujet longtemps tabou est né un superbe et émouvant album, à mi-chemin entre fiction et documentaire. Au fil de ses 158 pages, il relate le parcours de Linh, de la première visite de l’entremetteuse à son émancipation finale, après moult souffrances. La fiction semble s’élaborer à partir des témoignages qui ponctuent l’ouvrage. Des témoignages en pleines pages noir et blanc, qui contrastent avec le splendide travail de la couleur, des ambiances et des paysages de l’histoire de Linh. Lui font écho aussi. On retrouve avec plaisir la subtilité du dessin de Clément Baloup, son approche sensible, qui ne s’interdit pas la plongée dans l’onirique ou le fantastique. Ce qui confère à son ouvrage une portée poétique inattendue. Et révèle sans aucun doute la grande empathie de l’auteur pour les jeunes Vietnamiennes pauvres, que les dangers continuent de guetter, puisqu’après les Taïwanaises, il semblerait qu’aujourd’hui les Chinois commencent à battre les campagnes en quête de jeunes femmes à « acheter ».

FRED ROBERT
Février 2017

Mémoires de Viet Kieu, T 3 ; Les mariées de Taïwan Clément Baloup
La Boîte à Bulles, Collection Contre-Cœur, 22 euros