Vu par Zibeline

Serge Quadruppani sonne l'Hallali en Limousin

Jaune et Noir

Serge Quadruppani sonne l'Hallali en Limousin - Zibeline

Il s’en passe de belles dans le Limousin ! Non seulement un vrai loup venu du Vercors rôde autour des poulaillers mais encore s’y planque un loup d’une autre espèce, humaine en l’occurrence. Deux solitaires aux chances de survie très limitées. Le premier parce son clan est dispersé, après que sa louve a été victime «d’un prélèvement en conformité avec un arrêté préfectoral». Le second parce qu’il a déserté sa horde. Agent des Forces Spéciales, infiltré dans un groupe djihadiste, Pierre Dhiboun, le héros du dernier roman de Serge Quadruppani, Loups solitaires, est soupçonné d’avoir épousé l’idéal des terroristes et l’Islam. Il est revenu du Mali et a disparu. Ses anciens «amis» des services secrets, tueurs officiels et officieux, français comme américains, le traquent. DGSE, DGSI, DPSD, NSA, DRM, SDAT tout ce beau monde siglé se côtoie, se guerroie, se double, s’entretue au besoin. Dans le périple du fuyard, on croisera entre autres, un écrivain italien impécunieux, une générale de gendarmerie en couple avec une ex de Pierre, un duo de tueurs tatoués de scorpions, un neurochirurgien en rupture de chirurgie, une veuve assassine sans état d’âme, « louve solitaire » elle aussi malgré ses deux amants, un sympathique gauchiste et un conseil municipal au complet. On ira de la frontière franco-piémontaise à Paris en passant par Lyon avec quelques crochets par l’Adrar des Ifognas et le Pakistan pour revenir à Ayguières. Là, sur le Plateau de Millevaches se niche le camp de la Courtaude depuis lequel on dirige des drones capables de pulvériser des cibles situées à des milliers kilomètres de la Haute Vienne, désignées par un Algorithme tout puissant suivant « le programme de Détection des anomalies à grande échelle ». Les populaires séries, américaine comme Homeland ou française comme Le Bureau des légendes ont popularisé les embrouilles et coups tordus entre services secrets au temps du Djihad, montrant comme dans ce roman, une machine de guerre qui souvent échappe au contrôle de ceux qui l’ont conçue.

Serge Quadruppani, résolument hostile aux politiques liberticides de la Peur, s’intéresse depuis longtemps au terrorisme. Ses idées de citoyen engagé se distillent au fil de ce roman dont l’action principale se déroule entre les attentats de janvier et une non-élection présidentielle du printemps 2017. Un roman écrit dans un présent d’action fébrile, qui bascule dans le passé simple pour un épilogue surprenant où l’auteur s’amuse ironiquement à refaire l’Histoire. Une documentation solide, une technique romanesque peaufinée au contact de maîtres comme Andrea Camilleri dont Quadruppani a traduit les polars, un sens du montage cinématographique, et il faut le dire, un talent certain pour les scènes érotiques, font de ce récit une réussite. L’auteur y convoque, outre les loups du titre, un riche bestiaire : poules, blaireaux, blairelles, choucas, abeilles-robots, abeilles d’essaim sans oublier un chat fidèle et même un âne, adjuvant involontaire de Pierre Dhiboun. Serge Quadruppani se fait éthologue à l’instar de Jane son héroïne principale spécialiste de l’étude des comportements animaux et semble rire jaune en décrivant dans son roman noir ceux de l’homo sapiens.

ELISE PADOVANI
Octobre 2017

Loups solitaires
Serge Quadruppani
Éditions Métailié Noir / www.editions-metailie.com
Prix : 18 €