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Vu par Zibeline

« Vénéneuse » création de la première Cantate Policière, La Digitale, jouée par Musicatreize

Un intrigant polar chanté !

• 11 décembre 2015⇒13 décembre 2015 •
« Vénéneuse » création de la première Cantate Policière, La Digitale, jouée par Musicatreize - Zibeline

La création d’un opéra contemporain est toujours un moment fort, à la fois pour les artistes qui participent à l’aventure, pour le public qui y est associé. L’instant est rare, émouvant. « Y aura-t-il du monde ? Comment l’œuvre sera-t-elle être perçue, appréciée ? » se demande-t-on inévitablement. Pour la première représentation de La Digitale à La Criée le 11 décembre, proposée par les musiciens et chanteurs de Musicatreize, (dir. Roland Hayrabedian), non seulement la grande salle du Quai de Rive Neuve était bien remplie, mais elle a manifesté, aux saluts, une sincère adhésion à l’opus.

Ce n’était pourtant pas évident a priori, car dès le prélude instrumental, c’est une espèce de magma sonore qui se dévoile, volcanique matière musicale de Juan Pablo Carreño propice à dérouter un public non-averti (il y avait du reste un bon nombre de jeunes dans l’assistance, comme quoi « opéra » et « moderne » peuvent rimer avec « jeunesse ») ! Et l’instrumentarium est original (guitare électrique, orgue Hammond, accordéon en quarts de tons, associés aux cordes et bois plus traditionnels) : il  distille des sons inouïs, caractérisant de façon singulière chaque personnage de l’histoire. Néanmoins, grâce à une habile mise en scène (Sybille Wilson) aménageant des espaces cloisonnés et mouvants, aux éclairages subtils, figurant au fil de l’imagination, un commissariat, une salle d’autopsie, une cellule, une morgue… et des images très travaillées, parlantes, vidéos projetées sur les parois ou un rideau transparent à l’avant-scène, on embarque visuellement et facilement dans la narration.

Flore (belle « omni »- présence vocale et physique de Sevan Manoukian), issue d’un lignée de femmes empoisonneuses, est accusée du meurtre de Karl, acteur vedette de séries tv. Elle est interrogée par deux flics, Dupont/Dupond aux physiques non-gémellaires (Patrice Balter et Jean-Manuel Candenot), assistée d’une avocate (Emilie Nicot) qui tente tant bien que mal d’éviter à sa cliente les pires ennuis, mise à mal par un médecin légiste à la voix multiple et somme toute plutôt « schizo » ( Cécil Gallois), confondue (ou pas?) par des témoins encore éméchés au sortir d’une fête « people » (Céline Boucard et Sarah Breton), dont l’un d’entre eux, Martin, s’avère plus qu’impliqué dans l’affaire (un personnage manipulateur incarné avec force par Xavier de Lignerolles).

Actes Sud Sylvain Coher Cantates PolicièresLa déclamation est syllabique, c’est un récitatif moderne tirant sur tous les registres de la voix, et l’on comprend parfaitement l’intrigue, ses rebondissements, malgré des mystères, points d’interrogations qui demeurent…. et c’est plutôt bien ! Car on attend désormais la suite avec impatience, puisque le livret, remarquablement écrit par Sylvain Coher (Trois Cantates Policières publiées chez Actes Sud) comprend trois volets portant des noms de plantes mortelles : après La Digitale on goûtera donc (au figuré !) à La douce amère et La dame-d’onze-heures !

JACQUES FRESCHEL
Décembre 2015

Photo : La Digitale © François Moura

La Digitale est représenté à La Criée jusqu’au 13 déc

Coproduction Opéra de Marseille, Musicatreize, La Criée.


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/