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Paul Valéry commenté par le philosophe Michel Guérin, un exercice de haute liberté

Intelligence en émoi

Paul Valéry commenté par le philosophe Michel Guérin, un exercice de haute liberté - Zibeline

« Pâle, profondément mordue / et la prunelle suspendue … » la lectrice du Cimetière Marin de Paul Valéry commenté par Michel Guérin, semblable à la Pythie évoquée par le poète, n’a trouvé son repos que livre refermé sur l’intense méditation que le philosophe déploie autour de l’envoûtant poème de l’homme qui aimait la mer.

Les 24 strophes de 6 vers font monument et mémoire de formules éclatées mais toujours vivaces : « Midi le Juste » ou  « Le vent se lève ! Il faut tenter de vivre ! » Rythme entêtant du décasyllabe, points d’exclamation, ruptures et reprises parlent au corps et donc à l’esprit que l’on peut préférer nommer âme, à l’Antique. La danse n’est pas loin bien sûr et Michel Guérin choisit le boléro (et celui Majuscule de Ravel, compagnon de Valéry en modernité) comme cadence de cette marche poétique vers la déflagration finale. Motif quasi pictural, écho subtil, éventuellement aide à la lecture, mais surtout pas grille : le philosophe sensible et rigoureux avance avec (on aimerait en français un verbe adéquat), épouse les contours, irrigue sans les inonder les mots élancés du poète dans une proximité de fond à la pensée grecque, les présocratiques, mais aussi Rilke ou Nietzsche  ; là où Valéry confessait le péché esthétisant de « prendre à la Philosophie un peu de sa couleur » – qui nous a pourtant bien fait cheminer avec ce « Cruel Zénon ! Zénon d’Elée ! » – le philosophe travaille la matière poétique du dedans, semble forger son commentaire dans une découverte permanente de ses propres outils comme si la main guidait la pensée.
Cet exercice magistral de haute liberté réconcilie alors de manière lumineuse savoir, songer et concevoir !

MARIE-JO DHO
Mars 2017

Le cimetière marin au boléro Michel Guérin
Les Belles Lettres / encre marine, 19 €