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Vu par Zibeline

La dernière mise en scène de Stanislas Nordey laisse froid malgré la belle présence d'Emmanuelle Béart

Impasses en trio

La dernière mise en scène de Stanislas Nordey laisse froid malgré la belle présence d'Emmanuelle Béart - Zibeline

La dernière mise en scène de Stanislas Nordey, au titre cinégénique –Erich von Stroheim– est jusqu’ici accompagnée d’une rumeur « flatteuse » comme on le dit de la couleur d’un vêtement qui sied au teint ; mais dans cette pièce de Christophe Pellet qui date de 2006 se (re) joue forcément quelque chose d’une grande illusion puisqu’on y cause -force et faiblesse du théâtre- d’amour, de désir, de temps qui passe et surtout d’imposture et d’inconfort. De grands thèmes qui semblent pourtant sur scène ne pas faire sujets et on se demande bien pourquoi… est-ce à cause de l’ambition louable de la scénographie à «faire beau» ? Trois immenses panneaux mobiles sur lesquels se détache nettement le couple mythique de la Rivière Sauvage d’Elia Kazan, s’ouvrent, se referment et scandent les moments de rencontre entre les personnages, jamais plus de deux, cloisonnant et distribuant ainsi des fragments de sens souvent accompagnés du grand air de Samson et Dalila… est-ce à cause d’une certaine « simplicité » voire naïveté du texte qui se hausse du col sans jamais atteindre autre chose que des questionnements existentiels tant de fois éprouvés ? Deux hommes, une femme entretiennent des relations sexuelles et (s’)interrogent ; Elle et l’Un, vieux couple où stagne encore un peu d’amour sur lequel surnage un désir d’enfant et aussi l’Autre, encore jeune, en quête de vérités autres que les frelatés qu’il pressent ; c’est lui qui ouvre le bal en décrétant « la journée Erich Von Stroheim » en évoquant la mystification biographique dont le célèbre acteur-metteur en scène a été l’artisan. Une piste peut-être ? Les acteurs semblent s’ennuyer un peu dans des rôles trop bien taillés : Emmanuelle Béart imposante en femme d’affaires / chef d’entreprise pressée et pressante, robe et chaussures noires, voix sans affect met en mouvement son compagnon fatigué, acteur de porno usé et désabusé (Thomas Gonzales) qui couche aussi avec le jeune homme tout frais (Laurent Sauvage joue nu de bout en bout avec un naturel réjouissant) qui voudrait tellement aimer et être aimé par la femme en mal d’enfant. Alors oui, il y a des traces du dispositif racinien et on repère les drapés néroniens dans les draps d’après l’amour ou dans les chapiteaux à moitié effacés sur les grands panneaux ; on aimerait attraper aussi un peu de la cruauté de Koltès ou de la crudité de Genet ; on n’attend ni la suite ni la fin mais un présent qui ferait signe et sens au spectateur. «La beauté manque» dit un des personnages, mais là n’est vraiment pas le problème !
MARIE JO DHO
Avril 2017


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