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Vu par Zibeline

Femmes de et au cinéma par Guillaume Guéraud, aux Éditions La brune du Rouergue

Héraut d’héroïnes

Femmes de et au cinéma par Guillaume Guéraud, aux Éditions La brune du Rouergue - Zibeline

Les Héroïnes de cinéma sont plus courageuses que moi, c’est le titre choisi par Guillaume Guéraud pour chapeauter 28 récits qui ressuscitent-réinventent dans notre mémoire et la sienne 28 femmes de et au cinéma. Un titre-hommage qui affirme l’admiration pour les femmes face « à tous les salauds qui ont tenté de les museler ». Un titre-aveu qui renvoie au sentiment intime de l’auteur auquel le cinéma, s’il accompagne depuis toujours son existence, s’y insinuant souvent par des hasards prodigieux, n’est  parvenu ni à « enterrer toutes (ses) peurs », ni à le rendre héroïque. Et n’ayant pas le cran d’être « un putain de cowboy de western » et ne possédant pas le flingue (minimum nécessaire, avec une fille) pour réaliser un film selon Godard-Griffith, il écrit ! Il écrit sur ces méconnues, mises en scène ou imaginées par des hommes. Il écrit sur Manu, la seule sur les 28 qui soit dirigée par des femmes : Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi. La Manu de Baise-moi, qui en possède un de flingue et assouvit le fantasme « anodin » de tirer trois balles dans la poitrine d’un « connard ».

Mêlant personnes et personnages, autobiographie et documentaire, réalité et fiction, passé et contemporanéité, l’auteur balaie l’histoire du cinéma de 1895 à 2012, avec de vrais points de vue. Avec lui, on cherche en vain dans La Sortie de l’usine Lumière à Lyon (1895) Louise Perrigot, ouvrière parmi les autres, ayant contribué à la fortune des Inventeurs du Cinématographe, figurant sur son arbre généalogique. Anna May Wong victime du racisme efface la Marlene du Shanghai express de Sternberg. Olga Voznesenskaïa, star absolue du cinéma russe d’avant 17, bascule dans la Révolution comme dans un scénario. On suit, tel un polar d’Ellroy, le tournage saboté par Howard Hughes du Sel de la terre de Herbert Biberman, lui-même blacklisté par McCarthy, et le calvaire de l’actrice mexicaine Rosaura Revueltas. On est convaincu que c’est bien grâce à sa sorcière de grand-mère que Princesse Mononoké a été distribué en France… Alors, bien qu’il s’auto-flagelle volontiers, se traitant de « branleur » et de lâche, bien qu’étant incontestablement un homme, Nobody is perfect !, on sera reconnaissant à Guillaume Guéraud pour ce livre tonique, drôle et tendre d’un fou de cinéma qui se fait le héraut enthousiaste et sensible d’héroïnes souvent bien sombres.

ELISE PADOVANI
Février 2018

Les héroïnes de cinéma sont plus courageuses que moi
Guillaume Guéraud
Éditions La brune du Rouergue, 18,80 €