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Vu par Zibeline

Une histoire de poings, syncopée et forte

Haut les poings

Une histoire de poings, syncopée et forte - Zibeline

Liborio l’affirme d’entrée de jeu : « …franchement j’ai peur de rien. Je l’ai toujours su et je me suis dit que j’en aurais la preuve en explosant les dents du type qui était en train de faire son numéro à la gisquette. [… ] J’ai tout de suite lâché mon poste au bookstore où je travaille, ça vibrait autour de moi, et j’ai foncé lui coller mon poing dans la gueule. Au fond qu’est-ce que j’avais à perdre, vu que j’ai jamais rien eu. Je le prends par-derrière, ce guignol, je lui fracasse la cheville, et lui, il se plie en deux, comme ça, au ralenti, comme une bestiole qui glisse le long d’une vitre un jour de pluie… » Gabacho démarre ainsi, par la dérouillée monumentale que le narrateur inflige au malotru qui ose harceler une fille. Depuis qu’il a traversé le Rio Grande, Liborio a « définitivement cessé d’avoir la trouille des trucs balèzes ». Des coups, il en a reçu là-bas, de l’autre côté du fleuve, il en reçoit encore pas mal ici au Gabacho (nom que les Mexicains donnent au territoire américain) ; il sait aussi les donner, il est même tellement doué qu’il deviendra boxeur. Alors, la belle histoire d’un enfant des rues qui se fait une place au soleil californien grâce à la boxe, à sa rage de vivre et à quelques personnages bienveillants croisés sur sa route ? Gabacho est bien plus qu’un attendrissant récit d’apprentissage et de rédemption. Pour son premier roman, la toute jeune Aura Xilonen tape juste, fort. Ses phrases, haletantes, syncopées, sont comme les poings de son héros, d’une redoutable efficacité. Ses mots, mêlant argot, insultes, franglais et langue soutenue, serrent au plus près les sensations et le flux de conscience du narrateur. Cette prose d’une vitalité inédite –bravo à Julia Chardavoine pour son remarquable travail de traduction- est ponctuée de flashbacks (entre crochets et en italiques) qui apportent densité et épaisseur à l’intrigue. Bref, une superbe et fracassante entrée en littérature, bien loin « des romans superficiels où s’enchaînent des phrases sans âme, sans vie, avec de jolis mots placés par-ci par-là. »

FRED ROBERT
Juillet 2017

Aura Xilonen, Gabacho, traduit de l’espagnol (Mexique) par Julia Chardavoine
Éditions Liana Levi, 22 €