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Le botaniste Françis Hallé conquiert les quartiers nord de Marseille

Hallé Francis !

Le botaniste Françis Hallé conquiert les quartiers nord de Marseille - Zibeline

Dans le cadre de Lecture par nature, l’opération culturelle menée par la Métropole Aix-Marseille-Provence, la Bibliothèque du Merlan recevait le 8 novembre un immense botaniste. À l’invitation d’Opera Mundi, Francis Hallé a conquis le public des quartiers nord, tumultueux et passionné.

On se souvient de lui parce qu’il est à l’origine des expéditions scientifiques du Radeau des cimes, évoluant sur la canopée des forêts tropicales. Un homme frisant les 80 ans mais débordant d’énergie et d’humour, authentique amoureux du monde végétal, qu’il défend ardemment au fil des publications : ses ouvrages Éloge de la plante et Plaidoyer pour l’arbre ont marqué les esprits.

Il a écouté, avant de s’exprimer. Discrètement assis sur le bord de l’atelier philo destiné aux enfants, comme préalable à ses interventions, il souriait à leurs saillies. En quoi les animaux diffèrent-ils des plantes ? « Ils réfléchissent. Ils n’ont pas de racines. Ils ont de l’instinct ». « On ne sait pas comment les lapins se parlent » « Pourquoi quand le dresseur dit au chien va chercher ça, le chien comprend ? ».

Plus tard, il s’est prêté au jeu de l’abécédaire. Avec la lettre R, on en revient aux racines, qui servent à quoi ? « À grandir », tout simplement. L’aventurier qui sommeille si peu en lui raconte, et les minots retiennent leur souffle : « Dans les forêts tropicales, les pluies sont énormes ; on tend la main, et on ne la voit plus au bout de son bras ». Le C retombe sur la canopée. D’un sacré coup de crayon, Francis Hallé dessine l’appareil qui permet de flotter sur les arbres : « Ça, c’est moi avec mes deux copains ».

La conférence tout public voit arriver encore plus de monde, chacun se presse et opine lorsqu’il s’interroge sur la haine incompréhensible vouée par l’homme à la nature. « La forêt primaire, c’est terminé à Sumatra ou à Bornéo. Il y avait encore un espoir en Papouasie Nouvelle Guinée, mais il s’amenuise… » D’après lui, une altérité radicale comme celle des arbres est insupportable aux contemporains, qui veulent maîtriser et soumettre. « Ils sont de l’épuration gratuite des pollutions atmosphériques. Qui serait assez bête pour les couper ? » Là où il habite, à Montpellier, il est allé interroger les employés municipaux : pourquoi les tailler ? Réponse : « Nous taillons parce que nous avons toujours taillé ». Francis Hallé comprend que ce soit douloureux de se déjuger, « Mais il faut pourtant accepter de changer ! On a besoin du plus possible d’arbres dans nos villes, sinon elles sont l’image de l’enfer ».

GAËLLE CLOAREC
Novembre 2017

Photo : -c- Marie Jo Dho