Vu par Zibeline

Entre vidéos et toiles peintes Franck Castorf déploie magistralement le jeu de l'art et du pouvoir !

Géant!

Entre vidéos et toiles peintes Franck Castorf déploie magistralement le jeu de l'art et du pouvoir ! - Zibeline

Et puissant et inspiré et…et..implacable dans l’affirmation réitérée que l’art doit rester conflictuel ! Le berlinois Franck Castorf, bien que désormais privé de « sa » Volksbühne par décision « politique » ne renonce à rien de ce qui fait sa force et sa faiblesse. Die Kabale der Scheinheiligen / Das Leben des Herrn de Molière d’après Boulgakov déploie sous les voûtes inspirées du parc des Expositions ses 5h 45 de textes croisés en allemand surtitré avec incursions de Racine et Molière dans la langue ; le spectacle anime à plein ses décors nomades – une roulotte bourgeoise tendance goëlette à cuisine intégrée portant arrimé à son flanc un petit chariot de pionnier, deux tentes à plumets dédiées au luxe et à la mort où Versace rime avec Versailles et le grand Louis avec Vuitton, un écran géant qui en met plein les yeux pendant que les acteurs, minuscules, captés en direct jouent parfois hors de portée du regard – et surtout surmène diaboliquement les corps et les voix (Jeanne-Madeleine Balibar-Béjart extraordinaire en string de verroterie, perchée sur talons-aiguilles en allemand dans le texte électrise son rôle du début à la fin ) qui se donnent sans compter, possédés d’entrée par cette gigantesque machine et l’enjeu du propos. C’est que le directeur de théâtre en a des choses à leur faire jouer « jouer toujours jouer ! » contre …contre quoi ? contre qui ? La tartufferie sans doute, celle des dévots et de Louis XIV, celle de Staline et celle actuelle des décideurs culturels moins flamboyante, plus sournoise ; Castorf se glisse habilement dans la peau des artistes-frères aux prises avec le pouvoir, convoque Fassbinder, mêle tragique et burlesque ( dans une scène d’anthologie inénarrable la leçon de grammaire du Bourgeois Gentilhomme se métamorphose en torride proximité littérale des langues du roi Louis et de l’archevêque de Paris tout près de se rouler une pelle) et parvient à tout embrasser magistralement . On pardonne tout : l’hystérie, le Cuba Libre et la Tequila, le vapotage et la clope et même une 2e partie plus raide parce qu’on en est sûr, entre ses vidéos et ses toiles peintes jamais Castorf ne deviendra « le dramaturge royal au lacet de bronze » !

MARIE JO DHO
Juillet 2017


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