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Vu par Zibeline

Le monde à la Criée avec Philippe Geslin et Macha Makeïev

Effacements

Le monde à la Criée avec Philippe Geslin et Macha Makeïev - Zibeline

« Vagabond sensible, curieux, exigeant », l’ethnologue Philippe Geslin prend le temps de vivre avec les êtres qu’il photographie et raconte, d’où une collecte d’une richesse documentaire et humaine d’une qualité rare. Trois lectures issues de ses carnets de terrain sont mises en espace avec la complicité de Macha Makeïeff, dans le cycle Les âmes offensées. Ainsi, le public du petit théâtre de la Criée s’est intéressé aux derniers chasseurs Inuits, aux Soussous de Guinée Conakry et aux guerriers Massaï.

En route, d’abord, vers le Grand nord… Suspendue au-dessus de la scène, une imposante carotte de glace embuée. Avec la chaleur du théâtre, elle s’humecte et finit par couler, goutte à goutte, dans un baquet. Tout un symbole, dans sa simplicité : l’environnement polaire évolue inexorablement sous les effets du réchauffement climatique. Philippe Geslin relie le passé, les observations de ses illustres prédécesseurs (Knud Rasmussen, Claude Lévi-Strauss…), à ce qu’il a vu lui-même au Groenland, terre des derniers chasseurs Inuits. Un récit traversé d’images vidéos, archives étonnantes pour le public de zones tempérées que nous sommes, et ponctué de contes traditionnels prononcés d’une voix suave par Macha Makeïeff, notamment une splendide parabole sur la mort, bénédiction invoquée par une femme très sage, au moment où les humains, en surpopulation, risquaient de faire basculer leur île…

Suivant le même procédé, mêlant historique des peuples, mythes, traditions, l’ethnologue évoque les Soussous, leur vie liée à la mangrove, à la récolte du sel. Au fil des années, c’est un monde qui s’éteint, les objets de la consommation mondiale font leur apparition, changent insensiblement les modes de vie, les mémoires… Ses carnets, doublés de ceux que le chef du village s’est mis à écrire en écho, deviennent les ultimes témoignages d’une époque qui se meurt.

Sans doute la confrontation la plus forte est celle vécue auprès des Massaï. Le ton se fait plus incisif, rappelle les expropriations de la colonisation, la mauvaise foi des directives actuelles sur la gestion des territoires. Si le commentaire ethnographique est toujours proche des êtres, sans jugement, il souligne l’atroce exploitation touristique : hordes d’excursionnistes bien nourris qui photographient et filment les guerriers Massaï comme des animaux, trophées de vacances, alors que le problème de l’accès à l’eau et de la réduction des terres fertiles est en train de les chasser… Âmes combien offensées !

GAËLLE CLOAREC et MARYVONNE COLOMBANI
Février 2018

Les âmes offensées, présenté du 25 janvier au 3 février, à La Criée, Marseille

Photographie : Massaï © Pascal Victor


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/