Shadow Play, une exposition de Nicolas Rubinstein vue à la Galerie Porte-Avion, à Marseille

Deus ex machina

• 28 août 2014⇒18 octobre 2014 •
Shadow Play, une exposition de Nicolas Rubinstein vue à la Galerie Porte-Avion, à Marseille - Zibeline

Faut-il chercher l’intervention d’un dieu dans Shadow Play de Nicolas Rubinstein ou plutôt croire à celle d’un homme qui, en artisan, soude, découpe, fabrique, et, en artiste, dessine à la manière d’un graveur «une histoire de transmission, réelle et signifiée» ? Les deux, sans doute, car Shadow Play condense trois piliers essentiels de son travail : deux volumes de l’édition de 1922 du Larousse universel entièrement gravé dont il détient plusieurs exemplaires, la Bible dont la lecture lui est essentielle, et «la mythologie grecque en général». Sa capacité d’imagination, sa compréhension du monde, son goût pour la dialectique et sa maîtrise des outils et des techniques font le reste à l’ombre de son atelier à faire pâlir de jalousie le Facteur Cheval et Ali Baba…
Derrière la vitrine de la galerie Porte-Avion, les passants aperçoivent cette installation-sculpture hétéroclite :
«Des cadres de vélo en os,
Des roues dentées et des chaines de vertèbres,
Deux cerveaux bercés dans une nacelle,
Un mouvement permanent et trois cerveaux ailés qui survolent le couffin».
Pour cette nouvelle proposition, l’artiste s’est lancé un défi : produire une pièce évolutive, un work in progress permanent en phase avec l’espace et les possibles expérimentations. Ici, il change de direction l’œuvre, il rajoute un berceau «venu un peu tout seul» et réintègre des cerveaux. Cela tient de la folle entreprise, du bricolage de génie qui fait que les gens voient de vrais cerveaux là où il y a fiction et fantasmagorie ! Nicolas Rubinstein redouble de talent de prestidigitateur pour «bricoler» ses mécaniques improbables, ses machines volantes, ses vélos aux roues atrophiées, ses anatomies mécaniques… Avant de se lancer dans l’aventure de la fabrication, il lui faut d’abord appréhender mille et une techniques, s’essayer à toutes sortes de matières et «dessiner pour comprendre ce que je vois». Un processus d’accouchement «comme un cheminement fluide» qui contraste avec la machinerie complexe de ses œuvres, révélée dans une série de neuf dessins préparatoires et une succession de vertèbres, transferts d’encre sur papier. De «petits croquis qui valent mieux qu’un long discours…».
MARIE GODFRIN-GUDICELLI
Septembre 2014

Shadow Play
jusqu’au 18 octobre
Galerie Porte-Avion, Marseille 4e
04 91 33 52 00
www.galerieporteavion.org

Photo : Shadow Play © Nicolas Rubinstein, galerie Porte-Avion, Marseille, 2014