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Vu par Zibeline

Retour sur le cycle cinéma consacré à Raymond Depardon par le MuCEM

Depardon cinéaste

• 7 novembre 2014⇒9 novembre 2014 •
Retour sur le cycle cinéma consacré à Raymond Depardon par le MuCEM - Zibeline

«Raymond est autant cinéaste que photographe. Dès qu’il a un moment, il roule du nord au sud pour photographier la France. Moi, le camping-car, c’est pas mon truc» nous dit Claudine Nougaret, collaboratrice et épouse de Raymond Depardon. Sauf que ce n’est pas seulement leur pays que le couple montre dans le documentaire pourtant appelé Journal de France. On y retrouve des situations politiques instables en Afrique, continent qui tient à cœur à Depardon. La France est elle-même filmée dans sa violence sociale… puis elle disparaît, on retrouve de simples prises de vues de villes, de paysages, d’interactions au tribunal… Raymond Depardon s’adresse directement au spectateur, expliquant sa manière de filmer et de photographier particulièrement méticuleuse ; et Claudine Nougaret analyse son style en voix off, contextualise sa filmographie. Car Journal de France est une tentative de dévoilement d’un travail que le public connait mal. On y retrouve également des bribes de films censurés du temps de Giscard, et des images plus fantasques lorsque Claudine Nougaret est elle-même filmée : ce premier film cosigné du couple Depardon-Nougaret est touchant et simple…

Douleur quotidienne

Nelson Mandela qui se recueille. L’Ethiopie et sa civilisation, loin des clichés d’un pays effrayant… Depardon est resté en Afrique de juillet 1993 à février 1996 pour réaliser Afriques : comment ça va avec la douleur ? juste après le génocide Rwandais, dans la région des Grands Lacs, au Burundi. La séquence qu’il consacre aux réfugiés est révélatrice de sa démarche, si pudique envers la détresse des victimes, qu’il veut montrer pourtant, sans la mettre en scène. Dans ce documentaire, Depardon nous montre également le village où il a tourné La captive du désert, film qui s’inspire de l’histoire de l’archéologue Françoise Claustre prise en otage au Tchad. Il reconstitue à travers une fiction la prise d’otage qu’il avait suivie en tant que reporter. La traversée du désert est aussi difficile que la vie quotidienne dans le village du tournage. Lorsque Depardon parle du tournage et de Sandrine Bonnaire qui interprète le rôle principal aux côtés des villageois, le malaise est palpable chez les habitants. Car Sandrine Bonnaire, dans La captive du désert, est prisonnière d’un monde auquel elle voudrait échapper malgré la présence de la tribu nomade accompagnant le groupe armé qui tente de sympathiser avec elle. Documentaire et fiction sont liés et les paysages dévoilent peu à peu leurs dangers et à leurs histoires…

Approcher la folie

Ancien monastère converti en hôpital psychiatrique, San Clemente est filmé  par Depardon qui se déplace avec Sophie Ristelhueber, suit les allées et venues des patients qui déambulent, fait des détours brusques au gré des micro-événements qui surviennent, un avion qui passe, un écran de télé… Une microsociété apparaît, à laquelle l’équipe de tournage prend par : on leur offre une cigarette, on fait la bise à la preneuse de son, on les chasse avec un balai… Si certains pensionnaires ont un discours et un comportement incohérents, d’autres agissent de manière simplement décalée : un patient explique qu’il est là pour alcoolisme et qu’il s’y sent bien. Certains sont violents, les autres bricolent. Mais cette vie est sans but, comme le montrent les diverses déambulations des uns et des autres dans la vaste salle des pas perdus…

Urgences illustre aussi cette absence de but. Mais là où San Clemente se veut Beckettien, Urgences montre un visage de la folie plus brutal. Dans les urgences psychiatriques de l’Hôtel-Dieu à Paris, Depardon a su se rendre invisible afin de mieux rendre compte de la relation patient / psychiatre. Pour preuve, les docteurs étaient d’abord réticents à le laisser entrer dans les lieux : schizophrènes, paranoïaques, dépressifs, alcooliques, suicidaires, mythomanes n’allaient pas se laisser filmer facilement. Pourtant, ceux qui se livrent emploient des mots qu’on connaît tous : solitude, surmenage, angoisse. De l’alcoolique en pleine crise au vieil homme ayant tenté de se suicider, en passant par la mère séparée de son enfant et révoltée de son sort, chacune des personnes souffre. Les professionnels de l’urgence psychiatrique sont confrontés en permanence à des malades oubliant le monde autour d’eux. Il s’agit pour le personnel d’accueil de dédramatiser la situation de crise pour faire retomber cette tension qui peut conduire au pire. Un film profondément humain.

ALICE LAY
Novembre 2014

Ces films ont été projetés au MuCEM, Marseille du 7 au 9 novembre

Écoutez aussi l’entretien avec Alain Paire sur WRZ :
www.journalzibeline.fr/programme/et-que-ne-durent-que-les-moments-doux

Photo : Journal-de-France-©-Palmeraie-et-désert


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