Les années Beauduc de Cécil Mathieu chez Arnaud Bizalion Éditeur : hommage au paradis délabré d'une plage camarguaise

Délicieuse Camargue

Les années Beauduc de Cécil Mathieu chez Arnaud Bizalion Éditeur : hommage au paradis délabré d'une plage camarguaise - Zibeline

C’est un petit ouvrage de photographies carré, agréable à toucher, idéal à offrir par temps de frimas. S’il produit un effet estival immédiat, ce n’est pas seulement parce qu’il est centré sur la plage de Beauduc en Camargue, mais surtout parce qu’il porte sur les plaisanciers qui l’occupèrent illégalement au début des années 2000 un regard chaleureux. Comme l’écrit l’ethnologue Laurence Nicolas en introduction, ces quelques étés heureux ont permis l’éclosion d’une utopie à petite échelle, et ça se voit. Le photographe Cécil Mathieu nous invite au cœur du «paradis délabré» de tout un peuple hétéroclite, avant que les Beauducois ne soient poursuivis en justice «pour occupation illégale du domaine public maritime».

En noir et blanc ou en couleurs, on les voit faire du vélo pieds nus sur un chemin ensablé (pas facile !), courir entre les vagues en levant haut les genoux pour y choir le plus tard possible, lire des heures sur un duvet, s’enterrer dans le sable, se donner un coup de main musclé pour déplacer la caravane, boire l’apéro, câliner un chien, profiter du soleil, se protéger du vent et des moustiques. Sourire, beaucoup. Ils sont beaux, tous tant qu’ils sont, bronzés, presque libres. On dirait qu’ils ont laissé leurs soucis dans le gris des villes, et qu’ils s’en sont bâti une autre, faite de bric et de broc, de canisses, de bâches en plastique et de partage. Un habitat éphémère pour abriter une joie toute simple. La vraie saveur des vacances, simplement plus salée peut-être, et rendue plus amère par le fait de savoir que leur temps était compté.

Quant à la qualité des photographies, indéniable, l’éditeur lui-même en décrit l’auteur comme «un photographe ne reconnaissant pas de l’être». Il n’est que de voir ces deux pêcheurs face à face, sur une ligne d’horizon fantomatique, dans une composition épurée, pour réaliser qu’une grande maîtrise formelle est le préalable lui permettant de s’effacer derrière son sujet avec élégance.

GAËLLE CLOAREC
Février 2014

Les années Beauduc
Cécil Mathieu
Arnaud Bizalion Éditeur, 23 €

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