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Vu par Zibeline

Retour sur les délicieux apéros littéraires des Correspondances de Manosque

De la gourmandise des mots

Retour sur les délicieux apéros littéraires des Correspondances de Manosque - Zibeline

Tous les jours, en fin de matinée, se déroulent les apéros littéraires : une formule sympathique, organisée par les membres du comité de lecture animé par deux responsables de la Médiathèque Sylvie Pezon et Nathanaële Corriol, et par Marie Bouillaud des Correspondances. Ce comité se réunit toute l’année une fois par mois pour partager les coups de cœur et préparer des lectures d’extraits durant 15 jours avant le Festival, sous la direction du comédien Raphaël France-Kullmann. Les rencontres publiques ont lieu sur la place d’Herbès, face à la Médiathèque qui exposait cette année de superbes livres d’artistes. Les volontaires du comité lisent les extraits des œuvres, puis une conversation s’engage entre les médiatrices, les auteurs et le public, tous invités pour finir à déguster les vins régionaux, passant de la gourmandise des mots à celle des nourritures terrestres.

C’est ainsi que vous auriez pu partager des moments délicieux de fantaisie en compagnie de Miguel Bonnefoy et son 3e roman, Sucre noir, où il est question de trésor, de pirate et d’amour, dans une langue sensuelle et pulpeuse enrichie par la double origine de son auteur (sa mère est vénézuélienne). Avec lui l’oulipien Hervé Le Tellier retrouve, dans Toutes les familles heureuses, des souvenirs d’enfance, évoquant avec perspicacité et humour des personnages hauts en couleurs. Deux auteurs aussi brillants l’un que l’autre. Autre rencontre entre Maryam Madjidi (Marx et la poupée) et Alice Zenitzer (L’art de perdre) qui ont évoqué les difficultés de leur double culture : Iranienne pour la première, Algérienne et harkie pour la deuxième, mais aussi le difficile chemin des femmes dans ces pays. Rencontre sensible et émouvante mais non dénuée d’humour, car les deux jeunes femmes ont une énergie salvatrice. On retrouvait Maryam Madjidi en compagnie d’Orianne Charpentier (Rage) pour le lancement du Prix littéraire des adolescents des Alpes-de-Haute-Provence qui permet aux lycéens de lire puis de désigner en mai leur roman favori.

Les Rencontres furent riches de surprises. Deux complices trentenaires, entrés en littérature en même temps et qui n’en sont pas à leur premier livre, ont décidé de s’interviewer l’un l’autre avec brio et désinvolture. Clément Benech dans Un amour d’espion s’interroge sur le rôle des réseaux sociaux dans la vie courante et les relations amoureuses, tandis que François-Henri Désérable part sur les traces d’un personnage énigmatique qui fait une courte apparition dans La promesse de l’aube de Romain Gary, Un certain M.Piekielny. On pouvait aussi entendre deux auteurs Haïtiens, James Noël et sa Belle merveille (voir Zib’ 110) et Louis-Philippe Dalembert prix Orange du Livre 2017 pour Avant que les ombres s’effacent. Tous deux, encore sous le choc du séisme de janvier 2010, clament leur amour pour leur île, ses habitants à la langue si fleurie et leur culture.

Un autre Haïtien, Julien Delmaire, qui vient d’achever une résidence d’auteur à Manosque, présentait son dernier livre, Minuit, Montmartre dans lequel il fait revivre la dernière passion du dessinateur Alexandre Steinlen pour une jeune sénégalaise. Deux êtres blessés se reconstruisent. Créateur de la célèbre affiche du Chat noir, il était considéré comme un ringard par les jeunes peintres du Bateau-Lavoir mais est pourtant le premier dessinateur publicitaire, en quelque sorte. Face à Delmaire deux sœurs, Anne et Claire Berest, ont révélé l’histoire de leurs arrières grands-parents, levant le voile sur un passé tu et caché. Une écriture à quatre mains où, de leur aveu même, elles ne savent plus qui a écrit quoi. Devant le refus de leur mère d’aborder le sujet, elles ont eu l’idée de chercher le nom de Picabia dans un dictionnaire et découvert l’existence de Gabriële Buffet qui avait rencontré Francis Picabia en 1908. Livré à ses amours charnel et artistique, le couple ne s’était pratiquement pas occupé de ses enfants, ce qui explique la rancœur des descendants. Cependant Gabriële a aidé Francis à devenir un des grands initiateurs de l’art contemporain et ils ont tous deux participé à la vie culturelle du début du XXe siècle. Ainsi on croise Duchamp, Apollinaire, Isadora Duncan et Debussy entre autres artistes témoins de ces années fécondes.

Callan Wink, jeune auteur américain, est venu défendre son recueil de 9 nouvelles au titre accrocheur, Courir au clair de lune avec un chien volé, mais plus percutant en anglais, Dog run moon. Tout se déroule dans les grands espaces américains que l’auteur connaît bien car il est guide de pêche à la mouche et fier de l’être. D’ailleurs il partageait cette passion avec Jim Harrison qui l’a encouragé à écrire. De la mouche aux mots : les voies de l’écriture sont parfois surprenantes !

CHRIS BOURGUE
Octobre 2017

Les Correspondances se sont déroulées du 20 au 24 septembre à Manosque. Lire nos retours sur cette édition et sur les lectures qui ont eu lieu pendant la manifestation.

Photo : Rencontre entre Maryam Madjidi et Alice Zenitzer aux Correspondances deManosque 2017 -c- Chris Bourgue