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Vu par Zibeline

Retourner dans l’obscure vallée, le dernier roman de Santiago Gamboa

Dans l’ombre de Rimbaud

Retourner dans l’obscure vallée, le dernier roman de Santiago Gamboa - Zibeline

Cinq personnages croisent leurs itinéraires dans le roman choral de Santiago Gamboa, Retourner dans l’obscure vallée. Le Consul (apparu dans Prières nocturnes, Métailié, 2014), ouvre le récit à la première personne, avec un projet : « Je voulais écrire un livre qui parlerait de gens joyeux, silencieux, actifs »… Sa place « d’observateur » est bien vite bousculée par « un petit séisme », un message de Juana, perdue de vue depuis longtemps (le dernier volume pré-cité) et qui lui donne rendez-vous à Madrid. Mais rien ne se déroule comme prévu, le centre-ville madrilène est paralysé ; des terroristes affiliés à Boko Haram ont attaqué l’ambassade d’Irlande, pris des otages… le monde et ses soubresauts emplissent le roman, servent à la fois de trame et de cadre. La planète devient terrain de jeu, les continents s’arpentent, les distances s’amenuisent. On pense, on réfléchit, non plus à l’échelle d’une région, d’un pays ou d’un continent, mais du globe. D’Europe, nos personnages partent en Colombie, avec Manuela, jeune femme à l’enfance et l’adolescence ravagées qui survit grâce à l’écriture poétique : un « dieu féroce (…) a mis dans ma main un crayon et m’a soufflé à l’oreille : “Invente-toi un autre monde, rien que pour toi, parce que celui-ci n’est pas bon” ». Sa vengeance contre celui qui a tué sa mère, l’a violentée puis est devenu un chef de narco-trafiquants en Colombie, (comme le raconte le prêtre, Palacios, au passé obscur et en quête d’un impossible pardon), sera terrible et a pour complices les autres protagonistes de cette vaste fresque qui brosse un portrait des affaires mondiales d’une terrifiante acuité. Autre fil conducteur, la vie de Rimbaud, auquel le fils du Pape, Tertulliano, philosophe, esthète et gourmet, a consacré ses recherches. Le roman s’orchestre avec une précision d’orfèvre entre retours en arrière et narration, suivant une construction proche du polar. Où trouver son harmonie, se réconcilier avec soi ? suivre Rimbaud ? retourner à Harar ? puiser dans la littérature l’énergie salvatrice ? Le poète aux semelles de vent n’avait-il pas « déjà perçu que [la poésie] lui permettait une curieuse alchimie : transformer les souffrances et la pourriture de la vie en un métal précieux » ? Un texte flamboyant !

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2017

Retourner dans l’obscure vallée Santiago Gamboa, traduction de François Gaudry
Éditions Metailié 21€