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Un chant céleste de Yan Lianke : un conte tragique délicatement ciselé

Conte chinois

Un chant céleste de Yan Lianke : un conte tragique délicatement ciselé - Zibeline

En plein cœur de la chaîne des Balou, il y a un village, surnommé celui des « quatre idiots ». Ce sont les enfants des You qui lui valent ce triste attribut. Lorsque You Shitou, après la naissance de trois filles idiotes se rend compte que son dernier né est aussi mentalement déficient que ses sœurs, il se jette dans la rivière. You Sipo, son épouse, se retrouve seule à élever leurs quatre enfants et discute âprement tous les détails et décisions de sa vie avec le fantôme de son mari… Les deux premières filles ont été mariées, l’une à un boiteux, l’autre à un borgne… qui voudrait d’une idiote ? Mais la troisième – pas de nom pour aucun des membres de cette progéniture maudite, seulement le chiffre correspondant à l’ordre de naissance !-, exige comme époux un « gens-complet »… La mère part à la recherche de cette perle rare, passe de village en village, jusqu’à trouver enfin celui qui va épouser Troisième. Le mari de la Deuxième vient alors annoncer la grossesse de sa femme, mais aussi les crises d’épilepsie qui se multiplient et rapporte le conseil d’un vieux praticien : « une décoction d’os la guérirait »… le hic : les os doivent provenir du « squelette d’un mort de préférence d’un proche parent »… La mère ne reculera devant rien pour le bonheur de ses enfants. Les croyances rurales bercent Un chant céleste, conte fantastique de Yan Lianke superbement traduit par Sylvie Gentil, l’un des plus grands écrivains chinois actuels, et nobélisable assurément ! Dans ce texte court, est brossé un portrait de la Chine rurale, sobre, élégance en épure des phrases, des descriptions qui effleurent, caressent les champs, les maisons, les saisons… Les silhouettes des villageois animent les rues, la campagne, sorte de chœur antique, qui commente, médit, jette l’anathème ou s’étonne. Un petit bijou tragique d’une subtile poésie. Comment résister à un texte qui débute par « L’univers était parfum d’automne » ?

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2017

D’autres critiques de cet auteur sur journalzibeline.fr (Les quatre livres, Yan Lianke aux Écritures croisées, Les chroniques de Zhalie)

Un chant céleste, Yan Lianke
éditions Philippe Picquier, 13 €