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Le 2e volet de la tétralogie de Pramoedya Ananta Toer, Enfant de toutes les nations, aux éditions Zulma

Construire une conscience

Le 2e volet de la tétralogie de Pramoedya Ananta Toer, Enfant de toutes les nations, aux éditions Zulma - Zibeline

Le deuxième volet de la tétralogie de Pramoedya Ananta Toer, Enfant de toutes les nations, offre un nouveau pan de l’histoire des personnages auxquels nous nous étions attachés dans le premier volume, (voir critique du volet 1 Le Monde des hommes) : Nyai, cette femme extraordinaire d’intelligence et de clairvoyance, vendue par son père comme concubine à un riche propriétaire terrien néerlandais, Minke, brillant jeune homme, titulaire du diplôme convoité du HBS, journaliste sous le pseudonyme de Max Tollenaar, le peintre français Jean Marais et sa fille la petite May, Darsam, fidèle gardien… Outre le récit prenant, qui tient le lecteur en haleine, Pramoedya Ananta Toer, dit « Pram », brosse un tableau passionnant de Java à l’aube du XXe siècle. Dans ce roman d’éducation, Minke découvre peu à peu les diverses facettes de la politique et des rouages économiques qui la conditionnent, au cours de conversations avec divers protagonistes : mécanismes complexes du colonialisme, mainmise sur les richesses de l’île, sucre, épices, guerres entre pays colonisateurs rivaux, mais aussi entre pays colonisés… L’administration première de Java par les Javanais n’est pas épargnée non plus, ferment de dictature fasciste. Pas de vérité en soi, mais des éclairages, des points de vue, qui permettent d’appréhender un monde composite, aux méandres tortueux. La pensée du personnage s’aiguise ainsi, à travers ces discours qui, chacun, sont susceptibles d’être convaincants, mais trouvent toujours une raison d’être mis en question et discutés. Progression dialectique s’il en est. Les savoirs se confrontent, celui de l’occident, indispensable à tout progrès, ceux de Java, mais aussi de Chine, du Japon… Le tout lié au capital, assène Ter Haar, journaliste néerlandais, « le grand capital régente tout, la morale, le droit, la vérité et les connaissances ». Comment et que transmettre ? En quelle langue ? Minke écrit en néerlandais. On lui conseille la langue de son pays, le malais. L’écriture, lieu premier de résistance… Deux dates évoquent l’élaboration du livre de Pram, « Prison de Buru, raconté en 1973, écrit en 1975 »… Un texte de conteur, mais aussi d’homme qui lutta contre la dictature…

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2017

Enfant de toutes les nations, Pramoedya Ananta Toer, traduit de l’indonésien par Dominique Vitalyos
éditions Zulma, 24,50 €